L'ultra gauche

 

 

 

 

LES PENCHANTS CRIMINELS DE LA GAUCHE EXTRÊME

 

« Il serait temps que les Français se rendent compte que le monde bouge, même sans eux ». Marx

 

 

Comment ne pas le voir ?  Le marxisme est la théorie et la doctrine la plus puissante et la plus consistante que l’on ait jamais donné du monde contemporain. La marche triomphante du capitalisme qui ressemble bien à une éperdue fuite en avant est devenue aujourd’hui l’obstacle majeure à la survie de la terre de sorte que le mot d’ordre pourrait être en effet plus que jamais  make our planet great again !

 Et pourtant le capitalisme, depuis Marx, s’est transformé, de crise en crise il a rebondi, s’est adapté, s’est nourri des critiques qu’on lui a opposées de sorte que, hélas, même s’il ne peut donner à la vie aucun sens et ne viser que sa propre perpétuation, il est difficile d’en parler comme d’un horizon que l’on pourrait rapidement dépasser de sorte que notre seul problème est de savoir comment vivre notre contrat-social,  comment conserver notre système de protection social dans une économie désormais totalement ouverte...

Cela n’empêche pas un certain nombre de mouvements de la gauche radicale de faire comme s’il n’y avait aucune conclusion à tirer de l’échec spectaculaire du communisme qui bénéficie toujours d'une incroyable coplaisance, et comme si l’on pouvait reprendre sans changement le flambeau de la contestation tenu hier par le PC. Ils ont su en effet  de nouveau capter la colère et le mécontentement à l’égard du quinquennat écoulé et réussi à faire exactement le contraire de ce que Mitterrand avait fait en son temps, au congrès d’Epinay (1971) :  ils ont détruit la gauche réformiste, l’ont remplacé par une gauche révolutionnaire et continué à faire comme si l’expérience communiste n’avait pas eu lieu[1].

« Dégage », la sèche brutalité de ce mot résume bien à lui tout seul l’immense  poussée de populisme qu’a connu notre pays. Quelque soit son ambiguité, il a libéré notre imaginaire en « dégageant » effectivement l’horizon. L’effondrement des deux partis de gouvernement qui s’adressait encore à une classe moyenne qui n’existe plus (C. Guilluy[2]) est un événement historique de grande ampleur et le signe de la vitalité de la société française : une élite politique nécrosée de vieux partis, une caste marquée par la consanguinité et l’entre-soi, des chiens de garde sur-représentés et incapables de se renouveler a disparu et c’est une vraie demande de démocratie qui a porté sur le devant de la scène des mouvements qui n’avaient pas jusqu’ici leur place dans l’espace politique et qui se sont appuyés sur les réseaux sociaux, expression de la nouvelle démocratie numérique : c’est vrai du mouvement En marche de Macron, c’est même vrai de la dynastie lepéniste qui n’était pas représentée à la chambre, mais c’est vrai surtout de la percée spectaculaire de la France insoumise de Melenchon. En remplaçant la stratégie d’inspiration trotskiste de l’insurrection par le choix bon-enfant et consensuel du suffrage universel, il a réussi, dans un one man show sans faille à tuer le PS, à prendre sa place et à redonner le goût de la politique aux plus jeunes. Bien que condamné par ses positions extrêmes et irréalistes à rester minoritaire, l’ancien apparatchik qui a suscité l’enthousiasme et l’identification (le tribun dénonçant la personnalisation du pouvoir et fustigeant la constitution « monarchique » de la 5e République a fait une campagne hyperpersonnalisée, persuadé que "son césarisme" a une base sociale et l'emportera sur celui de Macron, de sorte que ce rhéteur et cet artisan d’un Verbe aussi radical qu’incantatoire a tendance à se prendre pour le roi soleil et à susciter un culte paradoxal de la personnalité !)  conserve avec tous ceux qui ont manifesté contre la loi El Khomeri un pouvoir de nuisance et de blocage considérable (le « Front social » dénonçant la casse sociale qui se préparerait est déjà au palais Bourbon).  Il risque d’être fatal à la demande de renouvellement du personnel, des pratiques (et des institutions ?) qu’incarne désormais le nom  d’ Emmanuel Macron. L’« émergence » (Bergson, Jaegwon Kim) de celui-ci était totalement imprévisible comme tous les événements de notre  dernière séquence politique, mais son compte serait, pour des gauchistes très pressé de reconstruire son parcours et de conclure, déjà réglé. Il suffit d'allumer des focos, des foyers pour hater le hasard, pour qu'une étincelle imprévue ébranle le monde : "le chaos est le territoire de la gauche" avait écrit Melenchon, un battement d'aile de papillon au Brésil peut provoquer une tornade au Texas,  pour reprendre la métaphore, le modèle privilégié (qui a remplacé celui du nez de Cléopatre) de la théorie du chaos et de celle des catastrophes (changement soudain, disparition d'une forme stable)... Reste à comprendre comment un professionnel de la constestation et un orfèvre de la dramaturgie plebiscitaire qui se contente de prendre en charge la souffrance populaire, de défendre le statu quo sans faire de propositions constructives pourrait un jour prendre la pouvoir.

  

Mélenchon, en 2012, avait fait du combat contre le Front national sa priorité et de la constitution du « front républicain » une incontournable nécessité. Aujourd’hui, s’il n’a pas prôné l’abstention comme Emmanuel Todd,  il a refusé de donner des consignes de vote. Elu dans une circoncription où l’abstention a dépassé 64% il continue a dénié à hauts-cris toute légitimité à la nouvelle majorité, toute fiabilité à une constitution qui l’aurait écarté de la représentation et menace de tirer sur tout ce qui prétendrait bouger ! Cédric Villani a reçu avec humour la première salve ! Macron reste pour cette gauche le candidat du vide qui joue l’écoeurante comédie de la rupture, comme dit avec rosserie et talent Frédéric Lordon, il est en effet perçu par la gauche extrême comme l’unique solution présentable pour les intérêts matériels des milliardaires, de ceux qui ont eu pendant la campagne toute la presse à leurs bottes. Sa vacuité souriante fait en réalité la place du plein de l’oligarchie qui peut ainsi persévérer plus que jamais dans son être.  Le refus de soutenir Macron contre Marine et la constitution d’une opposition musclée au nouveau pouvoir nous semblent pourtant reposer sur des attendus contestables qui demandent au moins à être analysés. L'obsession de la pureté de l'ultra-gauche risque de la réduire une nouvelle fois à l'impuissance.

 

1-Binarité. Parmi les oppositions qui structurent la vie politique il y en a qui sont absolues parce que d’ordre moral, il y en a d’autres qui sont au contraire  relatives parce que relevant d’un ordre plus proprement politique. Sous l’occupation on était partisan de la résistance ou de la collaboration ; aujourd’hui encore il serait infamant pour un républicain de pactiser avec une extrême droite héritière de Vichy, de l’OAS et traversée par un racisme ranci et sournois. Mais, en revanche, être de gauche ou de droite,  privilégier soit l’égalité soit la liberté  est une option entre les termes d’une  opposition  relative ; nous savons en effet que l’égalitarisme d’une société collectiviste serait un cauchemar de même qu’une  liberté sans limite s’autodétruirait. Une alliance et un compromis entre les deux sont donc possibles et nécessaires d’autant qu’il y a, en France, une droite libérale résolue à ne rien céder sur notre modèle social et une gauche qui a depuis longtemps renoncé à transformer le monde pour se contenter, plus simplement, de le réformer afin d’empêcher qu’il ne se défasse[3]. La décision politique exclut d’ailleurs le plus souvent la simplification binaire : il n’y a pas d’un côté le bon choix et de l’autre le mauvais comme le voudraient certains intellectuels habitués à distribués leurs oukases et leurs exclusives. La décision politique, comme l’a montré Max Weber, se fait toujours en zone grise, elle est n’est jamais vraiment « bonne » et elle est très souvent tragique.

L’extrême gauche tend toujours à démonétiser les oppositions que nous avons considérées comme absolues  pour les réduire et les ramener au modèle simple et binaire de la lutte des classes : il y a des dominants et des dominés, il y a des exploités et des exploitants, il y aura toujours une gauche et une droite. Aussi l’opposition aujourd’hui dominante (extrême droite/centre) serait une fausse opposition, un faux-semblant dans la mesure où l’un des termes se nourrirait de l’autre (comme si la résistible croissance du FN n’avait pas précédé de beaucoup la politique libérale de l’UMPS !). Si le libéralisme fait le lit du fascisme, alors il faudrait renvoyer dos à dos le monstre et celui qui a nourri le monstre et bien voir que le diable n’est pas celui qu’on croit. Comme le disait l’ultra-gauche en 1922, l’arbre nazi ne doit pas cacher la forêt sociale-démocrate. Aujourd’hui c’est l’arbre du FN  qui cacherait la forêt néolibérale et le néolibéralisme serait donc le véritable ennemi. Le système aurait ainsi su se déguiser en antisystème afin de se perpétrer (Debray) et l’élection d’Emmanuel Macron aura été orchestrée par ce « système » mis en place par la finance mondialisée (Onfray). Dans ces conditions  le Président bien décidé à intensifier tout ce qui a échoué depuis trois décennies, ne pourra que continuer à  faire monter le niveau de l’eau dans le  bassin en jouant la comédie de la rupture. Si on laisse au FN le monopole de l’opposition, au prochain coup, le barrage, quelque soit l’habileté du castor, devrait céder sous l’irrépressible poussée de l’eau. Devine t-on ce que sera alors l’ alternance à la vague Macron[4] ?

Gouverner au centre c’est au contraire refuser cette opposition rigide et reconnaître que les deux sœurs ennemies (Bergson), la liberté et l’égalité, (comme la droite et la gauche)  sont indissolublement liées. La politique du centre, d’un centre qui n’est ni médiocrate ni mou et qu’on peut dire extrême en ce sens qu’il devra répondre, comme c’est le cas de la physique des quanta, à une logique du tiers inclus, ainsi que le dit le libersocialisto Noberto Bobbio : cette politique devra circonscrire, dépasser la contradiction faire cohabiter gauche et droite, régulation étatique et impératifs du marché.

 

2- Stratégie. L’analyse précédente fonde la stratégie électorales du ni-ni qui est passée à gauche : « ni libéralisme/ni fascisme, ni la finance/ni la haine, ni Marine/ni Macron, ni Patrie/ni patron »… crient les jeunes dans la rue et cette assimilation  répond effectivement à un besoin de cohérence logique qui satisfait la pensée et donne en plus le sentiment de ne pas « se faire avoir », de dépasser une certaine naïveté en proposant une vision explicative du monde, en modélisant la réalité à la manière d’un jardin à la française. Comment pourrait-on choisir entre  Macron et Le Pen ou hier, aux USA,  pour des supporters de Bernie Sanders, entre Clinton et Trump, entre l'ami décevant et l'ennemi mortel, c’est-à-dire entre le monstre populiste et les néo-libéraux qui ont créé le monstre ? Wall Street aussi bien que la Bourse de Paris en réagissant positivement au choix des électeurs montrent bien que Trump et Macron sont les deux roues de secours du capital, les candidats qui garantissent leurs privilèges à des chiens de garde toujours plus riches et toujours plus puissants. L’opposition de ces deux ovni de la politique qui, avec la vague populiste, ont surgi ensemble ne serait donc qu’une apparence.

 

3-Moraline. Ce modèle explicatif et dichotomique est en même temps un modèle normatif et manichéen : l’opposition des opprimés et des oppresseurs est celle qui sépare à tout jamais les damnés de la terre de ceux qui sont proprement des salauds ou, comme on disait de ses adversaires en 1793, des scélérats[5]. Laurent Binet (Qu’est-ce que la gauche ?) parle encore aujourd’hui à la manière de Sartre qui disait, il y a 50 ans : tout anticommuniste est une chien. Tout soutien à la réforme de la loi travail ou de l’état d’urgence, ou de l’économie de l’offre… est un chien, un chacal continue à éructer laurent Binet Tout se passe comme si l’économie était un jeu à somme nulle dans lequel tout enrichissement des uns s’accompagnerait nécessairement d’un appauvrissement des autres : celui qui gagne prend nécessairement son bien à celui qui a perdu. Il ne peut y avoir dans cette hypothèse de malheur lié à la finitude, il n’y a pas de destin tragique et il faut toujours trouver un responsable derrière toute catastrophe ; d’où une justicialisation et une pénalisation généralisée de la société. Que ce soit l’Etat, la structure d’exclusion de la Souveraineté, le Marché, le gouvernement invisible du Grand Capital ou les Multinationales, il faut toujours désigner un grand coupable et se battre contre un big brother. La division entre le bien et le mal est ici la même que celle que l’on trouve chez les conservateurs américains à cette différence près que ce schéma outrancier et simplificateur est inversé ; ce sont nos démocraties, cette fois-ci qui sont dénoncées comme totalitaires et ceux qui les défendent comme de nouveaux chiens de garde. Ceux-la même qui hier, à l’heure de la débâcle du stalinisme, opposaient la démocratie au totalitarisme dénoncent aujourd’hui les penchants criminels des démocraties auxquelles ils opposent, de façon très platonicienne, le « gouvernement pastoral ». Voilà ce qui alimente la crainte et le rejet grandissant de la mondialisation auxquels la gauche a pu céder. La vérité pourtant est toute autre : avec l’entrée dans la danse des pays émergents, avec l’extraordinaire dynamisme économique ainsi généré, tout le monde peut y gagner et si, sur le plan de la politique intérieure des nations c’est à chacun de gérer un problème de redistribution, il n’y pas, au niveau théorique, de contradiction entre l’économie de marché (expression pléonastique) condition de la richesse des nations et les exigences de la redistribution, condition de la Justice.

 

Mais pour l’ultra-gauche la mondialisation n’est qu’une dérèglementation généralisée qui ne profite qu’aux nantis. A chacun  alors de choisir son camp, tout compromis avec le camp adverse ne pouvant être qu’une diversion ou une compromission qui devra être jugée  et condamnée comme telle. On ne fait pas une politique, on ne mène pas un peuple en aimant tout le monde comme le demande le nouveau Président qui a coutume de se mettre en posture christique. La politique commence avec le conflit et le dissensus. La logique iréniste de Macron qui refuse clivages et frontières est en réalité la plus dangereuse des impostures démocratiques. « La France doit être une chance pour tous » est le slogan du nouveau Président qui s’imagine qu’en corrigeant, dès la maternelle, l’inégalité des chances et en donnant aux plus humbles les capabilités (Amartya Sen) dont ils ont besoin il va réussir à réunifier un pays fracturé : rideau de fumée qui dissimulerait l’implacable réalité de la lutte des classes sur laquelle, nécessairement, sa politique se fracassera !

 

 Il ne faudrait donc pas craindre alors d’aller jusqu’au bout et  de déshonorer moralement l’adversaire, de rendre impossible la discussion et le pays ingouvernable comme le préconise l’ultragauche ingérable des black blocs dans Maintenant du Comité invisible ou les insurgés des ZAD de Notre-Dame-des-Landes entrés en secession qui resteront sans doute toujours imperméables à toutes les tentatives de médiation qu’on leur propose : le parti de la rue refuse d’être gouverné tout court et son mot d’ordre est Le monde ou rien. Dans un acte de voyance dont il a le secret le comité invisible, après avoir constaté : ce pays c’est un crève cœur pour tous les cœurs sincères annonce prophétiquement la continuation du cours réglé du désastre avant que le système en phase terminale n’explose définitivement,  dans un dernier spasme.

Il reste que, ainsi que le dit Pierre Zaoui, conspuer toutes les formes de lâchetés des dominants en y opposant le courage de la vérité (la parrhésia disait Foucault), altérer la monnaie comme le voulait Diogène ou saccager le mobilier urbain, fracasser les vitrines des banques comme le comité invisible nous le propose[6]… ne nous fait pas sortir de la morale.  Cette forme de militantisme est plutôt encore une forme de cynisme moral opposé, certes, au cynisme effréné du capitalisme mais parfaitement conforme au cynisme antique et complètement étranger au grand cynisme politique qui fut celui de Machiavel. Celui-ci s’inscrit dans le temps long de la politique, pactise avec des procédures impures et  prône la vertu de la ruse en défendant des institutions qui sont bonnes dans leurs effets beaucoup plus que dans leurs principes. Il n’y a pas de politique bonne mais il y a une bonne politique, on appelle cela aujourd’hui : le pragmatisme.

 

Dénégation. A noircir le tableau du nouveau désordre établi on risque de n’y plus rien comprendre. Il est vrai que  la très grande pauvreté existe encore bel et bien chez nous aujourd’hui (la fermeture et la délocalisation d’une usine ne saurait être réduite à une simple  « anecdote » (Minc) et pourtant elle n’a rien à voir avec la misère révoltante que les travailleurs ont connu au XIXe siècle. On ne dira jamais assez qu’ils n’en sont sortis que grâce à leurs luttes, grâce à la grève générale, par exemple, prônée par l’anarcho-syndicalisme. On peut dire qu’aujourd’hui, grâce à eux, l’Etat français, véritable redistributeur de la richesse, est devenu pleinement social-démocrate. C’est en effet –moyennant l’emprunt et l’augmentation de la dette- 56% du PIB qui est investi dans la dépense publique ce qui est le pourcentage le plus élevé de tous les pays de l'OCDE… N’est-ce pas d’ailleurs  notre modèle social qui fascine et attire tant de ressortissants du tiers-monde ?

Sans doute la privatisation des services publics non rentables, l’introduction de la concurrence dans la sphère publique, la dégradation des conditions de travail soumises à l’impératif de la productivité, la dérive financière de l’économie, l’explosion des inégalités, l’impact négatif des mesures d’austérité, l’accumulation insolente et sans limite de la richesse qui nourrit le ressentiment des sans voix …  sont absolument intolérables et légitiment la lutte de ceux qui ont toujours su faire progresser le droit du travail. 

Mais ces dérives sont aussi dénoncées par le FMI qui y voient autant d’obstacle à la croissance et à la globalisation d’un système économique (défini par le consensus de Washington – rigueur budgétaire, libéralisation des échanges… ),  qui a quand même sorti de la misère des centaines de milliers de personnes et qui est responsable, dans ce qui était hier le tiers monde, de l’émergence des classes moyennes.

On ose à peine revenir sur la dénégation symétrique, sur celle qu’implique la défense d’Ahmadinejad ou de Fidel Castro par exemple  ou sur l’alliance bolivarienne qu’on nous propose à gauche au moment où le fiasco total de l’expérience vénézuélienne (victime bien sûr de l'impérialisme yankee et de la CIA) tourne au cauchemar… Mais il y a toujours eu des intellectuels qui ne se soucient que des purs principes ou de l’idée communiste (Badiou) et qui, complaisants et complices,  ne veulent pas regarder la réalité en face, celle des 120 millions de morts par exemple que cette idée a pu provoquer." Robespierre Reviens" comme le demande le  thuriférère Alexis Corbières rêvant de contrer la représentation nationale par la rue pour en finir avec ce que son mentor appelle le "coup d'Etat social" !

 

Scepticisme. Le juriste Hans Kelsen pensait que le scepticisme se trouvait au fondement de la démocratie. Mais la gauche extrême pose des vérités éternelles et  clame son hostilité à l’égard du règne de l’opinion, de la démocratie parlementaire (Badiou), d’un capitalisme dont on gomme l’évolution récente et que l’on confond avec l’économie de marché. On aurait aimé pourtant que l’économie soit une science et rende son verdict mais les économistes n’arrivent pas à s’accorder, à reconnaître, par exemple, dans la « crise » la conséquence de la théorie libérale…

On pourrait à ce titre, comme antithèse ironique au socialisme « scientifique », repérer dans le néolibéralisme tant unanimement décrié par les bien-pensants de tous bords et dont la critique nous tient trop souvent lieu de pensée, dans le néolibéralisme de Hayeck, de Friedman, de Berlin, de Becker une culture du danger qui a pour seule devise de vivre dangereusement comme le résumait audacieusement Michel Foucault[i] qui a su voir en lui un foyer d’imagination particulièrement inventif, capable de nous déstabiliser et de nous obliger à penser enfin autrement. Alors que les pulsions d’ordres et qu’un idéal répressif d’uniformité traversent toute la philosophie politique, le néolibéralisme qui ne se contente plus de séparer Etat et marché mais qui met l’Etat au service du marché, est la seule attitude à avoir une vision non totalisante de l’histoire et du monde social. Il refuse en effet de les penser dans l’horizon d’une normalisation comme le fait encore le marxisme en croyant à l’émergence finale d’un commun à venir. Pour lui, l’espace social n’a pas de centre, il est hétérogène et contradictoire et il faut tout faire pour le protéger et faire proliférer les différences en  valorisant les sociétés qui fonctionnent au désordre, à l’incertitude, au désaccord, au conflit, à l’hétérogène. La métaphore du jardinier utilisée par Hayeck (traumatisé par le nazisme) est éloquente. Comme le jardinier qui cultive son jardin et ne donne aux plantes, avec une bonne terre, que les moyens de croître et de se développer, l’intervention néolibérale ne peut elle aussi qu’instituer le marché, que libérer la concurrence, que préparer les cadres et les structures qui vont permettre à un maximum de choses imprévues de se produire. Le penseur libéral connaît en effet les limites de la connaissance et, en bon disciple de Hume le sceptique, il sait que le monde social lui échappe, qu’il n’est pas homogène et totalisable et que, en conséquence, ne pouvant augurer des résultats, il sera toujours confronté à la venue de surprises imprévues. On voit ce qui intéresse Foucault dans le néolibéralisme : celui qui donna le coup d’envoi de l’édition des oeuvres complètes de Bataille retrouve dans le néolibéralisme une pulsion anti-totalitaire dirigée contre la folie d’Etat, une pulsion anti-autoritaire qui rend attentif à l’extrême diversité des luttes sociales. Et cela n’est pas sans évoquer bien sûr l’insistante fascination que connut Bataille pour ce qu’il appelait l’hétérogène[ii] : l’hétérogène, ce qui est radicalement étranger au monde homogène du travail et de la valeur d’échange (dont la mesure est l’utilité, la production et l’argent), ce qui est rebelle à toute connaissance identifiante et homogénéisante est, pour Bataille, tout ce qui a été refoulé et exclu de la société bourgeoise, tout ce qui pourrait sauver le monde de l’équivalence générale et de la platitude dans lequel il s’enlise. Plus qu’une sympathie manifeste pour les Chicago Boys de Pinochet  l’éloge du néolibéralisme par Foucault ne doit peut-être pas être trop prise au sérieux mais comme antithèse ironique aux inclinations autoritaires de la gauche[7] c’est une arme aux effets très appréciables.  

 

4- Le complot. Habiles à réécrire l’histoire après coup, une fois que l’on connait le dénouement des événements, l’ultragauche, façon Onfray, se fait fort de démasquer la machine infernale ou le dispositif (comme il dit) que le néolibéralisme aurait monté pour discréditer tous les candidats hostiles à l’Europe de Maastricht afin de mieux assurer la victoire de son candidat. Ainsi le PS aurait choisi Hamon (qui avait effectivement parié sur l’au-delà… des présidentielles) pour évincer Valls et le faire perdre afin de favoriser la victoire finale de Macron. La presse manipulatrice et faiseuse d’opinion ne cessant pas, contre toute raison, de nous faire peur avec Marine, a joué la même comédie et montré une fois de plus que le scenario de l’élection était écrit à l’avance. 

Mais la jouissance que peut provoquer l’esprit de système[8] (qui s’attaque curieusement au « système » politique –démocratie représentative– ou au « système » économique –capitalisme-) atteint son comble avec le délire complotiste de J. Nikonof, le co-fondateur d’Attac.  Voilà un représentant caricatural de ce qu’on pourrait appeler la paranoïa de  l’ultra-gauche (elle n'épargne pas Melenchon qui n'en finit pas de ressasser sa défaite et de refaire le match de la présidentielle : si Hamon s'était retiré je serais président). Avec un dogmatisme impénitent, un sérieux inentamable, un ton professoral et péremptoire, il réécrit l’histoire d’une façon systématique et totalisante sans jamais laisser aucune place au doute. Etrange esprit critique qui doute de tout sauf de lui-même et avec lequel le délire se pare des habits de la rationalité.

Si personne, dit-il, ne propose quoique ce soit pour résoudre le problème du chômage, c’est parce que nous sommes dans un système parfaitement clos, celui instauré par la mondialisation.

La mondialisation c’est la mondialisation néolibérale, la prise de pouvoir planétaire de la triade (USA, Japon, Europe, tout va chez lui par trois) pour mettre en place l’ordre néolibéral mondial qui, ne l’oublions pas, résulte d’un coup d’Etat parlementaire imposé à  la France et aux Pays bas qui avaient refusé par référendum la constitution européenne. Le traité de Lisbonne est en effet un condensé de l’idéologie néolibérale et il a été soutenu par les deux grands partis (PS/UMP), qui, juste retour des choses, ont été éliminés aux élections, ce qui est quand même une bonne nouvelle.

Vouloir s’adapter à la mondialisation financière comme le recommande la CFDT ou Terra Nova (dont les idées triomphent avec l’élection de Macron), est d’une grande naïveté  parce que celle-ci est l’œuvre préméditée d’une classe dominante qui vise une mainmise totale sur le monde et qui, pour arriver à ses fins, provoque volontairement le chômage (l’armée de réserve du capitalisme disait Marx) afin de mettre au pas et de rediscipliner le monde du travail. Cela est nécessaire notamment en France où la résistance syndicale et les luttes sociales étaient, dans les années 50-70, particulièrement puissantes : les conquêtes sociales y ont été effectivement très importantes puisqu’elles ont réussi à modifier  le partage de la valeur ajoutée au profit du travail et non du capital. Car notre système économique, continue-t-il, reste très performant, il créé de la richesse, les grandes métropoles réalisent les deux tiers du PIB.  La France d’en haut s’en tire bien et elle peut très bien exister sans la France d’en bas et continuer à développer son économie. Comble du cynisme des possédants : les classes populaires de la France périphérique peuvent en effet être mise hors de combat par l’institution, par exemple, du revenu universel.

La mise en place d’institutions supranationales pour verrouiller le système et interdire aux pays de l’Union une politique qui pourrait viser à mettre en cause la recherche exclusive du profit est la clé de voute de l’ordre néolibéral. Cela était nécessaire et urgent car nous étions alors dans cette conjoncture historique où, premièrement, la décolonisation  affaiblissait le pouvoir de la classe dominante, où, deuxièmement, les luttes syndicales, remettant en cause le profit, étaient encore puissantes et où, troisièmement, le bloc communiste empêchait la conquête de nouveaux marchés dans toute une région du monde.

Les institutions supranationales que sont la Banque mondiale, l’Organisation mondiale du commerce et l’Union Européenne constituent le verrouillage ultime du néolibéralisme qui repose ainsi sur trois piliers : le libre-échange, la globalisation financière et les institutions internationales. On connaît les dégâts sociaux provoqués par les ajustements structurels imposés au tiers-monde par le FMI.  Ces institutions n’ont de toutes façons aucune chair  et elles ont instauré comme l’U.E. des espaces vides de peuples. Il ne faut donc pas craindre de scier sans retour ces trois piliers et agir avec les plus démunis (avec un prolétariat de substitution qu’on va chercher dans les banlieues islamisées à l’égard desquelles on a toutes les complaisances) de manière locale i.e. nationale.

De même la création de l’euro dans une zone aux niveaux de développement totalement différents a certes été une hérésie économique mais elle avait, dit Nikonof, une finalité politique, elle n’était qu’un prétexte destiné à forcer les pays européens à une convergence : il fallait empêcher toute possibilité d’une autre politique et c’est cette autre possibilité que la vraie gauche doit faire advenir en sortant du désespoir de la nécessité : du possible, sinon j’étouffe, disait Kierkegaard ! comme une réponse prémonitoire au There is no alternative de Thatcher.

 

La globalisation en Chine, en Inde, en Amérique latine est considérée comme un facteur positif, elle ne fait l’objet d’un débat que dans les pays avancés et c’est, avec la déferlante populiste à droite comme à gauche, qu’elle est remise en cause. Le front de gauche comme le front national font comme si la situation n’avait pas changé depuis la dernière guerre et comme si on pouvait « restaurer » une situation antérieure. Mais qu’est-ce que signifie le protectionnisme, quand la production est globale et segmentée, quand les composants  automobiles, par exemple, sont fabriqués hors de nos frontières, quand les deux tiers des pièces d’airbus  viennent de l’étranger et sont importées ? Vouloir les fabriquer localement c’est rêver les yeux ouverts. La mondialisation n’est plus pour nous un choix car nous vivons et existons depuis longtemps déjà dans ce monde globalisé : face à un néolibéralisme déterritorialisé, boursier, nomade, insaisissable toute pratique militante fondée sur la lutte des classes risque d’apparaître comme  une « restauration » vintage condamnée à rater son but pour le plus grand profit des prédateurs.

Quant au FMI, Pascal Lamy, socialiste, dirigea longtemps avec générosité cette instance supranationales qui est d’abord une instance d’harmonisation et de régulation  les échanges…

 

« Ils clignent de l’œil quand ils entendent parler  de sentiments nobles et généreux qui paraissent dénués d’utilité pratique et ils semblent vouloir dire : il doit y avoir là un bon petit avantage » (Gai Savoir § 2), un intérêt ou un profit caché… tel est le clignement de l’œil du dernier homme qui ressemble tant à quelques uns de nos intellectuels grincheux qui cherchent à imposer à tout propos le soupçon… Les étrangers sont étonnés d’une telle malveillance et de ces procès en sorcellerie au moment même  où, enfin,  deux français sur trois, rompant avec notre culture du conflit,  ont choisi d’être et de travailler ensemble, comme en ce moment fondateur du 11 janvier brocardé par Emmanuel Todd où s’est réactivé un lien social abîmé, où tout un peuple s’est réinscrit dans un grand récit, celui qui façonne une identité narrative (Ricoeur) et génère une fierté identitaire. Oui, on peut se battre et se sacrifier  non pas pour des valeurs[9] comme on dit aujourd’hui un peu vite mais pour son pays ou pour ses enfants, pour ce qui reste encore pour nous, proprement, sacré.

« La France voit surgir un homme à l’air adolescent, formé dans la philosophie, dans la finance et l’Etat, qui prétend empoigner le réel pour, par exemple, sortir le pays de son chômage de masse et redonner à l’Europe du rayonnement, et tout ce que trouvent à dire ces penseurs fatigués, c’est de lui postillonner au nez ». écrit le chroniqueur helvétique  du Temps.

Le diagnostic du Président en effet est clair : la France est bloquée par un code du travail pléthorique qui depuis la fin des trente glorieuses et de l’ère keynésienne (Rueff) a asphyxié l’économie, a nuit à ce qu’il prétendait servir et qui a condamné le pays à un chômage de masse. Penser d'abord à ceux qui n'ont pas de travail et qui préfèrent souvent la CSG à la recherche d'un travail)  plutôt que de chercher à protégér ceux qui en ont, casser les carcans, desserrer les contraintes en concertation avec les partenaires sociaux pour permettre aux entrepreneurs d’embaucher est la solution proposée. Le diagnostic (qui fait parti d'un projt cohérent associant à la réforme du code du travail, la réforme de  l'assurance chômage et la formation professionnel) est-il bon ? avec les énergies libérées, le « ruissèlement » aura-il lieu et profitera-t-il aux plus fragiles ?  Pour l’heure, les opposants ont fait la grève (Mélenchon) et se sont réfugiés dans l’abstention mettant ainsi à vif l’ampleur considérable de la fracture[10] et laissant déjà entendre la colère qui monte et qui font craindre à nouveau le cauchemar qu'a connu Juppé en 95… La division sociale est pourtant devenue invisible à la chambre, elle vient d’être masquée par une nouvelle élite recrutée par casting et promise à l’ennui mais elle risque de ressurgir ailleurs… Le pragmatisme suffira-t-il vraiment à dissoudre tous les conflits ? Rien n’est moins sûr comme le montre le cas des pays anglo-saxons : la réforme n’a été profitable qu’aux plus riches…

Il reste que la détermination est résolue, que les moyens de gouverner ont été donné au gouvernement et qu’il y a un vrai projet européen du Président : l’Europe n’est pas un super-marché mais un destin commun. L’Europe post-brexit est de retour dans la mondialisation et cette Europe est l’Europe des lumières,  des lumières libérales[11], le continent de la sortie des hommes de la minorité, le continent de l’autonomie des hommes et des femmes et de la protection sociale ; pourquoi n’incarnerait-elle pas ce grand dessein susceptible de redonner du sens,  un sens pour lequel nous serions prêt de vivre et de mourir ?  L’espérance c’est le premier des risques, c’est le risque des risques, disait E. Macron ; préférant l’espoir à la haine de soi et à la nostalgie, ce risque, nous le prenons car il est en tout point préférable qu'il réussisse.

 

[1] Qu’est-ce que la gauche ? Fayard 2017. La langue de bois, le délire violent et sectaire atteint des sommets chez les hallucinés des alter-mondes  qui n’ont vraiment rien appris rien oublié depuis la révolution d’Octobre. D’une façon générale, depuis la chute du mur et la fin du communisme (1989)  la gauche ne s’est pas vraiment interrogée sur ce qu’elle pouvait faire  du marxisme et de l’hypothèse communiste.

[2] Il y aurait ainsi d’un côté la France d’en haut, l’élite méprisante des « bobo » qui tiennent un discours autifasciste et diffuse le catéchisme du vivre ensemble mais qui captent l’essentiel des bienfaits du modèle mondialisé, participent à la relégation des plus pauvres et se disent, indument, appartenir à la classe moyenne et, de l’autre, la France périphérique des campagnes et des petites villes qui aurait été abandonnée par la gauche… un bloc élitaire donc et un bloc populaire.

[3] A. Camus, Discours de Suède : « Chaque générationsans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu'elle ne le refera pasMais sa tâche est peut-être plus grandeElle consiste à empêcher que le monde se défasse ».

 

[4] Comme pour le résultat du référendum de 2005 c’est en termes de classes sociales qu’il faut analyser le nouveau clivage issu des dernières élections : non pas les « patriotes » contre les « mondialistes » ni la « société fermée » contre « la société ouverte » mais les perdants de la mondialisation (le bloc populaire) contre les gagnants (le bloc élitaire). Alors que sur celui-ci –l’empire du moindre mal disait J.C. Michéa-  converge la droite comme la gauche, il n’en va pas de même du bloc populaire : malgré une commune détestation de l’Europe (souverainisme) et un programme social identique  France insoumise  et FN vont être d’impitoyables rivaux dans la course au monopole de l’opposition.

[5] Malraux, Postface aux conquérants, Pléiade, 1947, p. 172.

[6] Maintenant. Comité invisible, La fabrique, 2017, p. 11. 83.

[7] Critiquer Foucault. Les années 1980 et la tentation néolibérale. Coll. Daniel Zamora. Ed. Aden, 2012.

[8] Le fou c’est celui qui a tout perdu sauf la raison… La folie de la raison pure c’était aussi l’objet de la première Critique de Kant.

[9] Heidegger est un des rares à avoir critiqué ce parler valeur qui a envahi la philosophie (devenue axiologie !) et aujourd’hui la politique. Mais c’est proprement du nihilisme car pour lui comme pour Nietzsche qui mit en honneur ce concept les valeurs n’ont pas de valeur, elles sont un slogan, un drapeau, un terme de banquier dont le propre est monter et de descendre en fonction de la conjoncture, un effet de le vie comme volonté de puissance et qui est, elle, le  principe solide qui évalue et qui décide. Personne n’est jamais mort pour des valeurs.

 

[10] « Entre la population et les élites en France, le mot « incompréhension » est trop faible. C’est tout simplement de la haine ». Houellebecq. Sans création d’un fond social européen destiné aux perdants de la mondialisation, , sans un nouveau  contrat social permettant aux classes sociales et aux classes d’âge de se sentir parties prenantes d’un projet collectif, la « révolution » promise n’aura été qu’un coup de com » écrit R. Glucksmann.

[11] On oubli trop souvent en France combien le mot libéral est magnifique, combien le libéralisme qu’il soit politique, économique ou sociétal est une revendication fondamentale de la gauche qui s’est dressée d’abord contre l’absolutisme. Le néo-libéralisme est a bien égards une trahison du libéralisme car il ne vise pas la liberté par l’équilibre des pouvoirs mais l’efficience (le totalitarisme de la performance, de l’évaluation, de la comptabilité et de la mesure) via des contrôles et des normes. Sa liberté se limite à la liberté d’entreprendre et il s’accommode très bien de la disparition des autres libertés (cf., Chine, Russie…). Réaction au totalitarisme il ne croit qu’au dogme du marché anto-régulé qui assure le bien-être commun, repose sur l’idée d’un savoir supérieur que seuls les experts possèdent. Il est donc potentiellement antidémocratique (la biosécurité globale implique une dépolitisation) Cet intégrisme économique qui vise à étendre à toutes les sphères de l’existence l’économie de marché en libéralisant le commerce, en privatisant, en dérégulant le marché du travail et en étendant la concurence à des secteurs (santé, éducation…) jusqu’alors organisés autrement est par ailleurs fondé sur l’anthropologie utilitariste et individualiste selon laquelle l’homme est un être intéressé, cherchant à maximiser son profit :ii exit le commun, la common decency, le socle fondateur de notre originaire  appartenance au social... Le libéralisme de Macron est d’abord  un libéralisme politique indissociable de l ‘Etat de droit. Son arrière plan autoritaire le rend plus proche de Guizot que de Constant ou de Tocqueville mais son aspiration très forte à la Justice et sa volonté de corriger l’inégalité des chances le rapproche de Rawls  : suppression des rentes et des différences de statut, assurance chômage universelle, retraites égalisées entre le privé et le public…

 

[i] Naissance de la biopolitique, Leçon du 24 Janvier 1979, Gall. Seuil, 2004, p. 68.

[ii] Quand il est orienté dans un sens contraire aux formes impératives (dont les chefs fascistes constituent les modèles). La structure pyschologique du fascisme, OC I, Gall., 1970.

 

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