Poétique du Verdon

Icare
 

 

 

 

POETIQUE DU VERDON

 

Complainte de la rivière captive

 

Célébrer c’est cela ! Un être élu pour célébrer

Rilke

On ne prend jamais assez la mesure de la chance et du privilège que nous avons de vivre dans un village qui, depuis si longtemps, s’est établi auprès du Verdon. Chez les Romains, villes et villages étaient situés à l’ombilicum, au croisement cosmique et hautement symbolique, du cardo maximus (axe nord-sud) avec le decumanus maximus (axe est-ouest) qui servaient de base au tracé de la cité mais aussi au parcellaire agricole hors les murs.

On pourrait situer le véritable ombilic sur le pont de Quinson, au croisement de la rivière qui coupe les falaises et traverse le vallon d’une part et de la route qui dévale des Alpes vers la Méditerranée d’autre part. Il fut longtemps, on le sait, le lieu d’un péage sur lequel statua le roi de France lui-même en son conseil.

C’est d’abord de la rivière du Verdon si bien nommé, - lou Verdoun en provençal- que l’on voudrait parler en revenant sur quelques textes écrits par ceux qui, pour la première fois, ont su la voir et la chanter, ont su la révéler, la faire paraître et comparaitre[1].

Le premier et le plus grand d’entre eux c’est bien sûr Jean Giono, le seul écrivain qui ait su retrouver, par delà la vision mécaniste des temps modernes, la vision grecque de la phusis (nature) dans l’ouverture de laquelle l’énergie de la langue elle-même trouve son origine, car, à la limite, le poète produit comme une plante produit des fruits.

 

Le Verdon est d’abord pour Giono une créature à part entière[2], « un guerrier qui tranche les montagnes et s’ouvre un chemin dans le roc, un roi souterrain qui s’enfonce dans des ténèbres vertes qui épouvantent, un cheval au galop qui traverse des déserts sauvages et romantiques », « un personnage, avec ses rages et ses amours, sa force, son dieu hasard, ses maladies, sa faim d’aventures ». Tel est le Verdon saisi à sa source, un petit filet d’argent qui serpente en silence mais qui dans ses profondeurs, ses à-pics et ses gouffres peut avoir ce bruit de torrent qui joue dans l’écho de ses ravins. Venu des hautes terres  c’est lui qui creusa le plus grand canyon d’Europe, ici, dans ce pays et ce paysage grandiose et désolé : ici, c’est plus que loin, c’est ailleurs.  

Dans Manosque-des-plateaux (1931) il évoque la fascination que les eaux de ce bassin peuvent exercer « Ce pays-là va tout en vagues, puis se creuse en un beau val. Un ruisseau est au fond, sous des saules. C'est le Largue. Un Largue large de trois pas. Il ne va pas comme tous les ruisseaux, d'un flot égal, mais il dort dans des trous profonds, puis l'eau glisse d'un trou à l'autre, en emportant des poissons, puis tout s'arrête et l'on attend une pluie là-bas sur les plateaux. Quand on se penche sur ces trous d'eau, on voit d'abord le monde renversé des arbres et du ciel. Là, j'ai compris pourquoi les jeunes filles se noyaient : c'est la porte d'un pays, c'est un départ ; sous l'eau sont des nuages, et des arbres, et des envols d'oiseaux, et des fleurs. Un peu de courage, même pas du courage, laisse faire le poids de cette chair ... " .

 

Dans Le chant du monde (1934), Antonio, l’homme aux épaules de poisson qui vit au bord de la haute Durance plonge dans l’eau pour savoir s’il n’est pas trop tard dans la saison pour faire descendre des troncs d’arbres coupés en amont et les faire passer les gorges. Emporté par de longues lianes d’eau ligneuse, il essaie de se dégager et de couper le courant. Plutôt que de s’y opposer frontalement, il cherche ses failles, et avec la stratégie d’un bon taoïste qui ne force pas le cours des choses, il cherche de sa tête la faiblesse de l’eau et prend appui sur la force longue du courant éprouvant ses régions glacées dur comme du granit et ses molles ondulations plus tièdes qui (tourbillonnent) sournoisement dans la profondeur. Il lutte sans violence, son intelligence de l’habitude de l’eau qu’il touche de toute sa peau et sa soumission  au fleuve qui ronfle et racle en charriant son fond de galets sont la condition d’une connaissance de la vraie  puissance du fleuve.

Qui a traversé à la nage le Verdon au moment où avec le lâcher des eaux, il coule à coup d’épaules, n’a pas manqué de vivre cette confrontation farouche et ce corps à corps avec la rivière quand la vie est mise en danger. Seul l’élément liquide peut nous donner ce sentiment fusionnel d’appartenance plénière à la nature et nous faire participer de plain pied au chant du monde.

Mais les claires eaux ruisselantes, les ondes féminines dont, à chaque fois,  le dieu Pan[3] s’éprend, ne sont pas celles de l’étang, vertes, mornes, sombres et noirâtres comme un jus d’olives ; là, si « on se laisse aller dans une espèce de douceur, on peut très facilement faire banque, faire banqueroute, tout perdre, sortir de là nu et cru ».  Cette eau verte et moirée, troublant miroir du monde, peut être une eau maléfique qui porte la mort en elle comme il est dit dans Faust au village. Dans cette série de nouvelles écrites juste après la dernière guerre, pendant la période la plus noire de la vie de l’écrivain, Giono met en lumière la puissance proprement diabolique du mal : tout homme se reconnaît dans un assassin écrit alors le connaisseur de Hobbes (« l’homme est un loup pour l’homme », la guerre de tous contre tous  appelle le Léviathan tout puissant), celui aussi qui, pendant plus de vingt ans a lu et relu Machiavel. Depuis Colline (1929) déjà, tout le pays était montré hanté par le déchaînement panique des forces naturelles, notamment par la sécheresse, par ce mal qui, comme vingt ans plus tard dans Le hussard sur le toit, transforme les villages en «cadavres poussiéreux », la terre maigre, terne et crouteuse, étant devenue gaste et maudite.

En Provence, l’hostilité et le cataclysme peuvent simplement commencer quand la fontaine alimentée par les longs ruisseaux souterrains venus du fin fond de la montagne, tout d’un coup, tarit,  quand son rôle nourricier est suspendu ; alors les hommes tétant son canon pustuleux ou son noyau de fer, se retrouvent, comme ensanglantés, « la rouille aux lèvres ».  Dans Un roi sans divertissement, c’est Langlois, le jour de son suicide, qui regarde aussi le sang d’une oie blessée tomber sur la blancheur immaculée de la plaine enneigée…

Suintement et écriture de sang, pointe vermeille qui rappelle la blancheur du teint de Blancheflore dans Perceval de Chrétien de Troyes, tout à coup révélée…

 

Mais si la cohabitation de l’homme et de la nature est souvent, chez Giono, orageuse et tragique, la nature ne menace pas toujours la survie de l’homme. Au fil des millénaires, celui-ci avait réussi malgré tout à se faire une place au soleil. Désormais l’homme lui-même et ses dissensions, Icare et la technique vont passer au premier plan à partir de Un roi sans divertissement (1947), dans la deuxième manière du romancier qui va affronter l’énigme du mal, celui qui vient de l’homme mais qu’il ne peut pas maîtriser.

On a fait à Jean Giono une réputation d’ennemi de la nouveauté, de pourfendeur du progrès et de la modernité. Il est vrai que, dans Jean le bleu, par exemple, il écrit : On pourra aller jusqu’à la lune ; cela ne changera rien. Tout se passera comme dans le tableau de Bruegel l’ancien  (La chute d’Icare) qu’il décrit sur trois pages dans le même livre. Le rapport classique entre homme et paysage s’est ici inversé, la beauté du monde l’emporte sur l’anecdote héroïque. Le laboureur, le berger et le pêcheur, tout à leur tâche, connaissent les vraies richesses, appartiennent à l’intemporalité, à la permanence d’une civilisation paysanne. Icare, l’homme volant tenté par la démesure est monté trop près du soleil ; la cire qui retenait ses ailes a fondu et il tombe et meurt dans l’indifférence générale. Englouti par les flots, on ne voit, dans un coin du tableau, que ses jambes affolées qui se débattent.

 

 

 

 

« Que ceux qui croient au progrès viennent (donc) ici respirer un air qu’ils n’ont jamais goûté… qu’ils continuent, comme les jeunes gens du Contadour[4], à « monter vers l’essentiel », vers les hauts pays arides qui touchent au ciel,  pays nus et désolés où affleure la roche ! « La jeunesse… n’est-ce pas  la passion pour l’inutile » ?

Mais le commun des gens n’en a cure, le monde s’est dépoétisé sous la volonté industrielle de l’homme, il s’est aplati, s’est indifférencié, s’est vidé de toute profondeur et de tout mystère. C’est ainsi que Canjuers est devenu le plus grand camp militaire d’Europe occidentale. 

Hier, dit Giono, c’était l’Olympe et la voici  transformée en champ de tirs… Y a-t-il un autre écrivain qui ait perçu et si bien exprimé la mutation de notre rapport au monde depuis que règne sans partage la toute puissance de la technique ? Tout a commencé pour lui avec le formidable bouleversement qui s’est accompli avec la Grande Guerre, la guerre industrielle et totale qui a transformé le monde en un gigantesque chantier perpétuel. Notre rapport au monde a été modifié de fond en comble[5] :  ainsi il n’y a plus vraiment aujourd’hui de nature mais des stocks disponibles, plus de terre mais une planète exploitable à merci, plus de forêts mais des espaces verts, plus de rivière et d’arrière-pays mais des espaces et des parcs de loisirs pour pédalo, VTT, 4X4, squads et autres véhicules… Pourtant il n’y avait pas de plus puissant outil d’approche et de fréquentation amicale de ce qui faisait hier encore la noblesse d’un pays que la marche à pied disait Giono dans un  texte de 1939 intitulé Provence, Petit traité de la connaissance des choses. Supprimer l’éloignement tue, dira de même l’autre poète ancré dans une autre Provence, René Char, l’insurgé du Plateau d’Albion, un paysan lui aussi qui charrue le pays avec ses mots (O. Bastide).

 

L’aménagement hydraulique des vallées de la Durance et du Verdon et la construction des barrages a constitué le point de fixation d’une critique radicale de la modernité technique. Après la guerre, il a fallu reconstruire, irriguer et trouver de nouvelles énergies. La  Durance sauvage  retentissait du chant des radeliers et des haleurs rimbaldiens. Giono en transcrivit quelques uns dans ses livres. Mais l’eau vive a été « capturée et enfermée dans un lac. Elle n'en ressortira que par un petit trou, après avoir été vidée de sa vie, transformée en électricité[6] ». Le monde rural, déjà envoyé à l’abattoir des tranchées et saigné à blanc par la guerre de 14 (Le grand troupeau, 1931[7]), va alors de nouveau être mis à contribution. Cette fois pourtant Giono ne connaîtra pas l’époque des barrages, mais ce qu’il prévoyait a été vécu par tous et, très douloureusement, par les habitants des Salles sur Verdon et de Fontaine-L'évêque, villages engloutis sous le lac de Sainte Croix, c’est la désolation que la fin d’un village notera, en alexandrin, Mme Bœuf de Quinson (1906 -2007), dans un de ses poème. Le barrage a été en effet responsable de la lente noyade d’un paysage humanisé depuis des millénaires. Des bâtis remarquables, des moulins, des lieux de culte, des oratoires, des sources, des sentiers, des champs et des vergers… il ne restera bientôt plus rien de l’œuvre patiente[8].

 

On aurait pourtant tort de majorer chez Giono la dimension anti-moderne et nostalgique. Il n’a jamais vraiment succombé à la tentation de l’idylle terrienne et régionaliste car il sait très bien que la technique n’est pas simplement un instrument ou un simple moyen et que, en conséquence, il n’y a aucune chance pour la volonté de s’en rendre maître. Et la volonté  n’aspire-t-elle pas à la toute puissance et au pouvoir inconditionné ? En réalité, elle ne veut rien d’autre qu’elle-même et son accroissement continu[9]. Qui pourrait prétendre s’opposer  à son déchainement ? Comme dans le tableau de Brueghel, c’est toujours dissimulés dans un coin que circule en silence, le zéro, l’absence qui engloutit, le vide essentiel, moteurs et principes actifs  de toute une œuvre à la fois hantée par l’Apocalypse et dressée contre le néant.

En construisant le barrage EDF, on a considérablement modifié le site et l’équilibre hydraulique et écologique du bassin versant du Verdon, on a canalisé, corseté, emprisonné la rivière et interrompu à jamais ce fil de l’eau qui en coulant au fil du temps faisait rouler et chanter les galets. Par ailleurs le tourisme de masse que le lac a généré et promu n’a pas, hélas, que des effets bénéfiques sur l’environnement[10] et la biodiversité. La fragilité  a changé de camp et c’est maintenant la « nature », une nature domestiquée, humanisée, hygiénisée, transformée en un « territoire » aménagé, en un « espace vert » muni de panneaux signalétiques et de pancartes informatives  qui est menacée, beaucoup plus que l’homme.

Il faut bien reconnaître que, trente ans plus tard, le paysage d’une Provence perdue et défigurée a évolué. Sur la digue sèche et aride construite au bulldozer, la nature a repris ses droits, plus ensauvagée que jamais comme si l’opposition de l’espace domestique du village et d’un espace sauvage avec ses recoins, ses mystères et ses chemins dérobés pouvait encore perdurer. L’eau elle-même, sur le lac, quand les turbines s’arrêtent enfin, devient alors immobile, elle se ride, miroite, ondule au gré des heures et des vents jusqu’à ce que, par intermittences, avec des remous pleins d’ivresse, elle reprenne son cours impétueux et furieux, charriant avec les débris de l’érosion, la puissance et la gloire de la terre, pour continuer de couler sous le pont de Quinson.

Sous le pont de Quinson coule le Verdon… Et l’eau qui coule, qui s’écoule restera à jamais le symbole de la fugacité du temps destructeur et de l’instant qui passe[11]. Mais plutôt que de rester dans ce registre élégiaque et de poursuivre un discours de déploration écoutons plutôt Giono parler, par delà toute plainte et toute complainte, de cette eau vive dans le texte éponyme : « la vie, c’est de l’eau. Si vous mollissez le creux de la main vous la gardez. Si vous serrez les poings, vous la perdez ». Parole difficile dans sa simplicité dans la mesure où s’y croise une double logique : à la question : comment rester fidèle à l’eau vive, comment la garder, se superpose une  proposition qui relève d’une logique opposée présente dans l’ensemble de l’oeuvre[12] : celui qui veut se sauver et se garder se perdra. La main ouverte qui donne est paradoxalement fidèle à l’eau et à la vie et non celle, fermée, qui prend (et qui cogne)…

 Il reste que l’eau vive qui coule, passe et s’en va ne se laisse pas facilement garder. Elle n’apparaît comme telle et ne peut être célébrée que par rapport à ce qui est fixe et à ce qui demeure. De ces deux termes, l’un ne va jamais sans l’autre : sans la sécurité d’un point fixe, pas de contemplation du courant et des flots déchainés, suave mari magno... disait Lucrèce, un siècle avant notre ère.

Bien assis et calé entre ses falaises immobiles, le pont est au croisement de ce qui est (le roc et la pierre immuable) et de ce qui devient (la mobilité de l’eau vive, vivante et fugitive) et il pourrait être comme l’ombilic de nos rêves, le lieu, malgré tout, d’une affirmation sacrée et qui seule, demeure, le lieu où l’on a envie  de formuler le plus ardent des souhaits, celui-la même qui constitue, dans l’œuvre de Giono, le plus magnifique des intitulés : Que ma joie demeure[13].

 

Quinson histoire et devenir

François WARIN

 

 

 

[1] Puissance des mots, puissance de monstration du « dire » selon le Bobi de Que ma joie demeure (1935). « Si je ne le dis pas, personne ne voit ; si je le dis tout le monde voit. Si je ne le dis pas je le garde. Si je le dis je le donne ». Giono se dit « réaliste » mais le réel, chez lui, est poreux et gorgé de mémoire et d’imaginaire qui en défendent l’honneur, le célèbrent et le mettent en gloire.

 

[2] On aurait tort de ne voir dans ces termes qu’une « personnification » de lla rivière par métaphore et contamination analogique. Un Etat du nord de l’Inde a décrété que le fleuve et son affluent la Yamuna sont « des entités vivantes ayant le statut de personnalité morale" afin de permettre la protection légale de l’un des cours d’eau les plus pollués du monde.  Le Parlement néo-zélandais  a adopté lui aussi  une loi faisant du fleuve sacré des Maoris (le Whanganoui) a living whole, une entité vivante dotée de droit.  Ces entités non-humaines ne sont plus des moyens mais des fins en soi ce qui bouleverse notre logique anthropocentriste.  Si la nature ne peut être un sujet de droit capable de crier justice, elle peut être en revanche un objet de droit qui doit être protégé et à l’égard duquel l’homme doit s’imposer des devoirs.

 

[3] Dieu cornu aux pieds de bouc sous le signe duquel Giono plaça son oeuvre, dieu bien nommé puisque dans sa fièvre sexuelle insatiable, il s’identifie à l’Univers et au Grand Tout (pan, en grec).

[4] De 1935 à 1939 Giono organise au petit hameau du Contadour, dans la montagne de Lure, des réunions où se retrouvent des jeunes gens admirateurs de son œuvre. La revue pacifiste et antifasciste qui y est créée aura un grand retentissement.

[5] « On touche ici à deux façons d’utiliser le monde : l’une lui gardait sa magie, l’autre le saigne aux quatre veines ». Provence, Folio, p. 254.

[6] « La centrale n’est pas construite dans le courant du Rhin comme ce vieux pont de bois qui depuis des siècles unit une rive à l’autre. C’est bien plutôt le fleuve qui est muré dans la centrale. Ce qu’il est aujourd’hui comme fleuve, à savoir fournisseur de pression hydraulique, il l’est de par l’essence de la centrale ». La question de la technique, Heidegger. Qu’on ne s’étonne pas que passant par Manosque, Heidegger ait voulu aller rendre hommage à Giono au Paraïs.

[7] QHD a consacré un de ses bulletins à Verdun, à l’événement qui est à l’origine de l’engagement pacifiste de Giono. La Grande Guerre a été aussi pour Ernst Jünger le moment inaugural du déchainement planétaire de la technique et de la mobilisation totale.

[8] C’est l’occasion de rendre hommage au beau et patient travail de Lucette Poncin : La vallée du verdon avant le lac. Un paysage et un patrimoine englouti. C’est à dire éditions, 2015.

[9] A la même époque, après la Grande Guerre, en 1919, Paul Valéry avec  une grande lucidité  terminait le célèbre texte intitulé : La crise de l’esprit par cette phrase sur le « progrès » dont chaque mot avait été soigneusement pesé : « Le monde, qui baptise du nom de progrès sa tendance à une précision fatale, cherche à unir aux bienfaits de la vie les avantages de la mort ».

[10] Les catastrophes en chaine provoquées par le barrage d’Assouan ont mis en évidence les contre-finalités auxquelles les barrages nous exposent : envasement, pollution chimique des engrais remplaçant les riches limons des crues, destruction de la flore et de la faune etc…

[11] Panta rhei, tout coule, disait Héraclite, cinq siècles avant notre ère, thème qui deviendra proprement élégiaque (expression plaintive d’une souffrance et d’un regret qui peut donner naissance à un chant et à une complainte) et que reprendra le romantisme :  L’homme n’a point de port, le temps n’a pas de rive, il coule et nous passons ! Garde toi bien d’élire un asile ! Lamartine.

 

[12] « Vous croyez que c’est ce que vous gardez qui vous fait riche... C’est ce qui vous donnez qui vous fait riche… Tout ce que vous entassez hors de votre cœur est perdu dit Bobi, ce Christ maladroit qui, comme bien des héros de Giono, ne finira pas dans l’eau mais dans le feu, carbonisé par l’éclair d’or de Zeus. Condamnation de sa générosité sans mesure ?

[13] Emprunté au célèbre choral de Bach après élision de sa référence chrétienne trop marquée, pour Giono, par le renoncement ascétique et la haine des sens.

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