Politique

La Droite a gagné

 « Je mourrai dans la gauche, malgré elle, malgré moi »

A. Camus

 

Ayons l’honnêteté de le reconnaître : le choix des électeurs les honorent et témoignent d’un solide et robuste bon sens  : N.S. avait seul, malgré son manque d’envergure, une véritable carrure présidentielle, un programme précis et cohérent, il a abordé sans complexe la question que les autres avaient exclue, celle de la maîtrise de l’immigration, son argumentation était imparable… Ce résultat  est donc juste et parfaitement dans l’ordre, et c’est sans doute aussi une bonne chose pour la gauche qui porte l’entière responsabilité de ce grave échec et qui doit impérativement se recomposer sous peine de disparaître. En effet :

 

1-Le P.S. n’a pas fait son aggiornamento comme l’ont fait tous les partis de gauche en Europe (Bad-Godersberg, c’était il y a un demi-siècle !) ; en clair il n’a pas rompu avec l’idéologie romantique et révolutionnaire à laquelle l’ultra-gauche –aujourd’hui en charpie- reste désespérément cramponnée ce qui le condamne, dès qu’il est au pouvoir à tenir un double langage comme au temps de la vieille S.F.I.O.

 

2-Ségolène a eu l’habileté de jouer l’opinion contre le parti et de s’imposer comme seule candidate malgré l’hostilité de la plupart des apparatchiks du P.S. ; mais elle n’a pu faire que la moitié du chemin pour se dégager du dogmatisme, des exclusives, des archaïsmes et du sectarisme du parti, tares dénoncées depuis longtemps par le deuxième Gauche.

 

3- Elle n’a certes pas manqué de courage et de pugnacité face à son rival et a été en avance sur son temps en en appelant à la société contre l’Etat, mais gouverner c’est choisir et face à un adversaire carré et pour une fois si calme elle a donné l’impression d’une perpétuelle fuite en avant ne proposant que des moratoires, des référendum, des consultations (« je pense ce que vous penserez ») qui remettent les décisions à plus tard  alors que l’urgence impose des choix décisifs et qu’il faut présenter clairement aux électeurs les alternatives concernant le chômage, le nucléaire, l’Europe, la Turquie, les 35 heures, les rêves d’une autre société... et non les laisser penser qu’on les négociera plus tard et peut-être dans leur dos.

 

4-Dans l’immédiat les élections législatives vont très vraisemblablement confirmer les résultats de la Présidentielle : nous voici partis pour 5 ans de domination sans partage de la droite;  il n’y a donc pas d’autre chose à faire qu’à resserrer les rangs ; mais de même que dix ans de Thatcherisme avait permis au parti travailliste de mûrir et de se moderniser, de même la perspective d’une telle conjoncture devrait pouvoir hâter la recomposition de la Gauche. Mais il ne faut pas se leurrer : elle sera longue et ne pourra se faire sans un éclatement du P.S. Sans cela, il ne peut s’ouvrir au centre gauche ce qui est une nécessité pour des raisons tactiques –« Structurellement minoritaire » la Gauche ne peut plus trouver de réserve que sur sa droite- et pour des raisons doctrinales : rien ne sépare plus les programmes de Ségolène et de Bayrou. La dynamique qui s’est manifestée en Italie autour de Prodi pour liquider le Cavaliere travaille enfin désormais la Gauche de  notre pays. Mais elle a été en partie récupérée par notre petit Bonaparte.

 

Ce programme est  social-démocrate c’est-à-dire  qu’il refuse les fausses alternatives, il refuse de séparer efficacité économique et réformes sociales, liberté et sécurité, ordre et progrès, capital et travail, syndicat et politique, droits et devoirs, patriotisme et solidarité internationale…

 

5- La droite en France cachait dans ses placards trois cadavres de taille : l’antisémitisme qui culmina lors de l’affaire Dreyfus et qui coupa le pays en deux, la collaboration avec l’occupant pendant la dernière guerre mondiale, le colonialisme qui avec l’affaire algérienne  conduisit la France au bord de la guerre civile. Voilà que N.S. vient de s’en débarrasser : d’ascendance juive (grand-père juif), issu de l’immigration,  surfant sur l’esprit du temps (individualisme, volontarisme, optimisme à l’américaine), il a eu en outre l’intelligence de faire main basse sur la Résistance et de s’approprier indûment son héritage en tenant son dernier meeting sur le plateau des Glières.

 

D’une génération nouvelle, il remet les compteurs à zéro et nous fait les poche, nous coupe l’herbe sous les pieds en s’appropriant notre héritage. C’est sans doute la preuve que nous avons gagné idéalement puisque que plus personne ne conteste les principes (républicains, démocratiques, laïques) que nous avons toujours défendus. Ainsi la droite peut désormais être dominatrice et fière d’elle-même puisque d’une part elle fait siens les idéaux de gauche et que d’autre part personne ne remet plus en cause ses solutions économiques (libérales ou capitalistes) ; elle ne reculera donc devant rien. Et le cynisme avec lequel N.S. a, dans ses beaux discours, ratissé tout azimuth au mépris du principe de contradiction (le nationalisme à la Barrès succédant à l’invocation jauressienne aux travailleurs, le libéralisme s’alliant au dirigisme ou  les impératifs de la « croissance » à ceux de la défense de l’environnement, comme s’il ne fallait pas, au pied du mur, choisir…)  laisse augurer du pire. L’insolence avec laquelle il s’affiche plus que jamais avec les puissances d’argent et les milieux d’affaire, vrais responsables de l’anomie qu’il poursuit de ses vindictes, demande plus que jamais un contre-pouvoir et un rééquilibrage à gauche.

 

Mais la Gauche, après sa compromission avec l’esprit totalitaire, doit désormais se savoir modeste et ne pas s’empresser de faire des procès d’intention au nouveau pouvoir : accepter l’économie de marché (tout en dénonçant « la société de marché ») c’est reconnaître qu’on ne peut proposer que d’aménager l’économie libérale au niveau de la redistribution et de la protection sociale. L’oiseau dans son libre vol dit un proverbe indien a besoin de son aile droite comme de son aile gauche, sinon il tombe : en clair on bascule alors soit dans  le cynisme délétère des ultra-libéraux qui ne songent qu’à vaquer à leurs affaires soit dans l’angélisme autiste et narcissique des alter mondialistes qui militent encore pour des idées folles.

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