La guerre du goût

LA GUERRE DU GOÛT

 

Fragment d’une chronique villageoise

 

Je ne pense pas être particulièrement hautain ni méprisant à l’égard de mes semblables mais il me faut l’avouer à mon corps défendant, dans un village où les occasions de rencontre avec les autres sont, beaucoup plus qu’en ville, fréquentes et quotidiennes, je fais à tout propos et très souvent l’expérience de ce que l’on pourrait appeler mon appartenance de classe. Les étalons de mesure des inégalités sont de plus en plus nombreux et il suffit d’entrer chez un voisin pour que la décoration du logement ou la musique de fond puisent nous apparaitre immédiatement comme autant de signes ou d’indices : ils permettent de situer cette personne sur les degrés de l’échelle sociale. Mais plus que le logement, le genre de loisir, les lectures, le niveau de langage ou la nourriture, c’est surtout quand il est explicitement question du goût ou de « l’art », au moment donc des vernissages, des concerts, des soirées poétiques et cinématographiques auxquelles je me suis toujours fait un devoir d’assister que les différences, tout d’un coup, peuvent particulièrement sauter aux yeux. L’humanité, victime du châtiment qui confondit Babel, n’apparaît-elle pas alors comme douloureusement, irrémédiablement clivée, morcelée, fracturée.. comme si les homme parlaient moins que jamais la même langue ?

Ce que, par analogie avec le racisme ou le sexisme, on peut appeler du vilain nom de classisme est, elle aussi, une attitude discriminatoire répréhensible et ignoble qui repose implicitement sur  une thèse que soutiennent trois propositions : il  y a des classes sociales, il existe entre elles une hiérarchie et, enfin,  cette hiérarchie fonde ou justifie un privilège et un mode de domination symbolique ; celle  de la classe supérieure sur les autres. Que l’on puisse m’attribuer une telle attitude m’était bien sûr particulièrement insupportable.

 

Deux références sont venues pourtant donner de la consistance à mon vécu ou à mon sentiment. La première est venue de Pierre Bourdieu, de son livre De la distinction, que j’avais lu il y a près d’une quarantaine d’années. Exister, écrit-il, c’est différer, c’est être différent et la culture, les pratiques culturelles ou le style de vie sont autant de machines à produire de la différence et de la hiérarchie car le goût est souvent le dégoût du goût des autres. Le mot de distinction lui-même l’indique : se sentir distingué c’est se savoir élu (elegere en latin qui a aussi donné élite), se sentir choisi mais être distingué c’est aussi être élégant (même racine), être distingué ou se distinguer par sa mise, par ses manières corporelles, sa façon de se tenir, de marcher, c’est avoir du goût dans sa conduite… comme si le goût servait d’abord à affirmer sa différence. Et bien sûr la vraie distinction qui appartient aux héritiers et à la culture noble est la distinction sans intention de distinction, celle qui n’a rien à voir avec le goût de l’ostentation, du tape-à-l’œil et du bling bling. Ce goût que l’on peut juger détestable est au contraire le fait des parvenus, proprement des snobs, i.e. de ceux qui ne sont pas de la vraie noblesse (contraction de sine nobilitate), de ceux qui singent maladroitement et tentent d’avoir et de s’approprier, sinon le capital économique, du moins le capital culturel et les pratiques discriminatoires des classes dites supérieures.

 

Et sans doute le sociologue marxisant vise à déconstruire nos jugements spontanés.  Le jugement de goût ne dépend ni d’un choix personnel, ni d’un don naturel, il ne relève pas de l’être mais de l’avoir, il est le produit de nos habitus (le concept bourdieusien par excellence !), il est déterminé par notre position sociale, il résulte de l’incorporation des manières d’être, de penser et d’agir qu’ont véhiculé notre éducation et notre milieu  familial. Ces principes incorporés guident inconsciemment nos choix et donnent à nos pratiques un air de famille, un style de vie qui signe à tout jamais sinon notre appartenance de classe du moins, au sein d’une « bourgeoisie » constituée de différentes couches sociales qui n’ont en commun que le montant de leur revenu (cadres, techniciens, ingénieurs, commerciaux…), notre appartenance à ce que l’on considère encore comme une « élite ».

 

Que nos pratiques les plus personnelles aient un fondement social, que les gens aient le goût de leur diplôme,  qui en disconviendrait ? Et qui serait capable de renoncer vraiment à la volonté de faire de son style de vie l’étalon auquel doivent être rapportées les pratiques des autres groupes sociaux, de renoncer au souhait de se considérer comme le seul porteur du goût légitime ? Marque d’ethnocentrisme, croyance en la barbarie des autres ? J’avais pourtant conscience d’avoir un minimum de regard critique sur la culture véhiculée par ma communauté d’origine et je savais bien que nous voyons toujours le monde à travers la médiation de ces modèles que nous avons empruntés à la peinture, à la littérature, au cinéma, à notre culture en général. Le paysan, l’homme du pays, l’homme en pays n’est jamais celui du paysage, son rapport symbiotique au pays exclut la distance et la culture indispensable à la délectation paysagère ce qui rend quelques fois difficile la communication.

J’avais ainsi pu faire l’expérience que, dans certaines circonstances, il peut y avoir une lutte de classe, une véritable guerre du goût à l’œuvre dans les jugements les plus quotidiens et mon sentiment avait été confirmé par le maître livre de Bourdieu. Que cette ségrégation culturelle puisse s’accompagner d’une ségrégation spatiale de plus en plus insistante dans notre société, voilà ce qu’allait me révéler un deuxième ouvrage, celui d’un géographe récent à succès cette fois-ci : Christophe Guilluy.

 

Si la culture ça sert à se distinguer, la géographie pourrait bien, elle, servir d’abord à faire la guerre comme le soutenait, en 1976 le géographe et le géopoliticien Yves Lacoste.  Toutefois, dans un régime de lutte des classes exacerbée comme celui que nous nous connaissons en France,  faire la guerre consisterait plutôt aujourd’hui à masquer et à éviter la confrontation.  C’est la finalité manifeste des cartes de l’ Insee rebaptisées par Ch. Guilluy « cartes de l’état major ». Elles donnent en effet à voir une représentation pacifiée de la société. Elles considèrent comme urbaine 80% de la population et laissent supposer que, seule, une minorité de ruraux vit dans des territoires isolés. Cette grille de lecture suggèrerait ainsi que la France est l’objet d’un lent processus d’intégration et validerait le modèle économique et sociétal qui est celui imposé par le libéralisme.

 

A cette cartographie d’ « état major » Christophe Guilluy en oppose une autre, la cartographie de la fracture territoriale.  Après avoir déterminé un indice de fragilité fondé sur un certain nombre de critères (proportion des ouvriers, des employés, des temps partiels, des occupants précaires, du montant des revenus…) il a beau jeu d’attirer l’attention sur la France des petites villes et des villes moyennes en voie de paupérisation (« Centre ville à vendre[1] ») afin de donner sens à son concept de base, celui de « France périphérique », concept qui s’oppose à l’expression « France d’en haut », à la France mondialisée et dynamique des grandes métropoles.

 

Dans ces grandes citadelles s’est développée une nouvelle bourgeoisie qui se conduit comme de « nouveaux Rougon Macquart » à cette différence près qu’ils sont grimés en hipsters ; ces jouisseurs libéral-libertaires ont la cool attitude mais ils sont caractérisés par leur hypocrisie, leur duplicité, leur double jeu. Ainsi ceux qu’on appelle aussi aujourd’hui du nom de bobos ont pris le pouvoir sans haine ni violence mais ils imposent à la société un modèle économique et territorial d’une rare violence.  Ils imposent leur goût et prônent l’ouverture, la tolérance, le multiculturalisme, l’antifascisme (concept inaudible pour le peuple et totalement contre-productif) mais ils participent « au plus important processus de relégation sociale et culturelle des classes populaires en excluant par [leurs] choix économiques et sociaux les catégories modestes des territoires qui comptent, ceux qui créent de la richesse  ». Ils achètent par exemple des appartements dans les quartiers populaires dont ils expulsent le petit peuple, tout en dispensant, comme un clergé inattendu, le nouveau catéchisme de la modernité et de l’ouverture, ils promeuvent le vivre-ensemble sans jamais vraiment y participer, ils dénoncent la finance mais ils ont tous résidence secondaire et patrimoine confortable, ils stigmatisent le CAC 40 mais en occupent souvent les places stratégiques, condamnent le « système » mais en profitent outrageusement, attaquent l’idéologie dominante mais, par médias interposées, ce sont eux qui la façonnent, l’orchestrent, la fabriquent. Depuis Drumont qui, le premier, au nom du « vrai peuple » (et de sa common decency diraient aujourd’hui Michéa ou Guilluy) dénonça une nouvelle caste de rapaces, une classe servile et décadente constituée par de parfaits salauds on n’avait jamais vu un chercheur manifester une telle haine à l’égard des bobos de l’entre-soi, cet « électorat à vomir », disait encore récemment Henri Guaino, électorat auquel je me sens, malgré moi, appartenir. Derrière un socialisme de façade, la « bourgeoisie viveuse et bohème du quartier latin » (La fin du monde, Drumont, 1889), pour  mieux se camoufler encore,  s’affiche comme faisant partie de la « classe moyenne » alors que celle-ci, à force de précarisation successive, a depuis longtemps disparu, comme en témoigne sur le plan électoral aujourd’hui l’effondrement des deux partis de gouvernement.

 

La France périphérique se peuple ainsi de marginaux, de chômeurs, de déclassés, de retraités au faible revenu… de toute une population de gens marqués par la précarité, celle qui a été chassée des grandes villes par la hausse des loyers et exclue des banlieues  par la présence massive des immigrés.  Nous en savons au village quelque chose. Et  voilà comment les inégalités ont continué de se creuser entre les individus comme entre les territoires. On comprend que pour l’auteur qui se dit quand même « de gauche » (mais qui est célébré par toutes les droites réunies), le clivage traditionnel droite/gauche apparaisse comme complètement dépassé. Seul le nouveau clivage peuple/élite, mondialisme/territorialisme, métropoles/périphéries est à même  d’expliquer la nouvelle distribution de la population et la recomposition politique actuelle. Dans cette perspective le FN peut apparaître à l’auteur « comme un symptôme du refus radical par les classes populaires du modèle mondialisé ».

 

La tension générée par ce clivage nous la vivons tous les jours mais c’est après la parution du livre sur Quinson, à propos donc d’une question de culture, qu’elle s’est sans doute manifestée pour moi de façon la plus claire. Malgré les judicieux conseils de prudence qui m’avaient été prodigués et l’interdit que je m’étais fixé de ne pas parler de questions sensibles, ni de personne en particulier (vu que la parentèle ici extrêmement serrée  fait qu’on ne peut parler de quelqu’un sans que tout le village se sente concerner) il était difficile, chemin faisant, de ne pas  réveiller quand même de lointains secrets de famille ou de ne pas désigner les fléaux qui pèsent lourdement sur la plupart des villages français (alcoolisme, unions consanguines, amours illicites…). Et les effets de tels aveux ne devaient pas tarder à se faire sentir… J’ai  alors reçu des lettres recommandées affirmant qu’il était « honteux d’avoir écrit des choses comme ça » et me demandant des comptes. J’ai répondu par lettre aux familles…mais je me demande encore aujourd’hui comment une déclaration d’amour, un hommage à la rudesse de la paysannerie et à sa grandeur ont pu être perçus comme une potentielle déclaration de guerre, comment un tel fossé d’incompréhension a pu se creuser, comment un malentendu si total a pu se constituer entre « nous » même si ce « nous », les villageois continueront toujours à nous le refuser. Le point de fixation de cette querelle vénéneuse avait été la comparaison que je m’étais permise de faire entre le destin de malheur d’une famille qui, de génération en génération, avait été particulièrement éprouvée et la malédiction qui avait frappé les Atrides. Cela me semblait être parfaitement accordé à la beauté sauvage, rugueuse, solitaire de la Haute-Provence qui, dans sa dimension mythique, avait été justement exaltée par Giono. C’est ce que je retrouvais spontanément lorsque je me promenais dans ce lieu de mémoire particulièrement prégnant qu’est le cimetière. Je lisais les noms et les dates, j’avais l’impression de rendre les morts présents, je me remémorais et je notais la vie qui avait été souvent tragique de certains villageois. Mais ce n’est jamais impunément que l’on déterre ainsi les morts…

 

La « guerre » pourtant entre nous n’a jamais été déclarée et j’ai tout fait pour l’éviter. Tel ne fut pas le cas de l’écrivain Pierre Jourde dont l’expérience est à cet égard parfaitement emblématique. Venu, comme chaque été, passer ses vacances dans la maison familiale d’un hameau arverne du Cantal, l’écrivain et les siens avaient été accueillis par des habitants fous de rage d’avoir appris que leurs vies et celles de leurs aïeux avaient nourri les pages de son  livre  Pays perdu. On lui fit savoir que  ce petit village  avait été sali et humilié par sa littérature, qu’elle était une véritable insulte à son honneur. Serions-nous un peuple d’estropiés, de délinquants, d’handicapés mentaux ? demandaient les villageois. Vous avez dévoilé de façon indiscrète quelques  secrets de famille, fait ressortir ce qu’il y a de plus vilain et écrit de vraies saloperies. On ne veut pas de ça chez nous, on ne veut pas de vous chez nous. Insultes racistes, crachats et jets de pierre, blessures, déprédations, l’affaire se termina au tribunal.

Ce pays perdu était pour Pierre Jourde un pays de nulle part où agonisaient dans la crasse les derniers paysans. Mais il n’y avait pour lui aucune volonté de rabaissement dans ce livre noir ou dans ce chant de deuil mais au contraire une brutalité d’amoureux pour la rude beauté de personnages ancrés dans leur terre. Dans leur alcoolisme, leur crasse et leur solitude, ils avaient, malgré tout, une véritable grandeur… Ils appartenaient aux contes et à la mythologie, ils tenaient de Zeus ou d’Héphaïstos et comme eux ils s’animalisaient quelques fois… d’où les malentendus, les blessures et les humiliations de ceux qui ne comprenaient pas et qui avaient répondu par la violence à la violence des mots…

« Dans la dureté des vies et des comportements, telles que je les montrais, écrit l’auteur, j’entendais illustrer aussi de grandes mœurs, une manière de répondre aux heurts de la vie caractéristique d’une paysannerie, d’un peuple qui n’existe plus que dans les fabliaux du moyen âge ou les mémoires de la Renaissance, avec son mélange de noblesse et de mesquinerie, de dureté et de prudence. C’est ainsi qu’elle est, et je ne l’aimerais pas autrement ».  Comment mieux reconnaître que c’est par la médiation de toute une culture (les héros et les dieux, le moyen-âge, la Renaissance..) que l’auteur a réussi à convertir en objet esthétique le pays perdu et que la querelle qui l’opposa à ses habitants est d’abord et surtout une querelle de goût, une guerre du goût ? Sa vision était plus qu’une autre saturée de ces modèles qui œuvrent en silence et à notre insu, qui modèlent notre expérience perceptive et qui nous permettent, intensément, de voir.

 

Ce rapprochement de la guerre et du goût peut surprendre et pourtant le goût, le sens le plus sensuel, le plus délicat est aussi le sens le plus ancré dans le cœur du sujet[2] : il n’y a pas de goût sans dégoût et… sans vomissement. Aussi l’affirmation de notre goût ne va jamais sans une intolérance viscérale pour le goût des autres comme si seul le nôtre était fondé en nature.

Et pourtant « avoir du goût » ce n’est pas rester enfermé dans la prison de sa subjectivité ou de sa classe sociale comme si l’appréciation de la beauté, qu’elle soit naturelle ou artistique, était laissée à la discrétion du goût de chacun et que sa « valeur », comme à la bourse, pouvait à tout moment monter ou descendre.  C’est de jugement esthétique, de jugement de goût[3] qu’il s’agit ici, c’est-à-dire d’une forme de réception plus cultivée, plus intellectualisée que le seul plaisir intéressé ou que la seule émotion que peut nous donner un paysage ou une œuvre d’art.

 

Non, tout ne se vaut pas, il y a des pratiques esthétiques légitimes et d’autres qui le sont moins et, malgré l’éclectisme en vogue dans une société à légitimité flottante où plus rien ne fait loi sinon l’agrément du spectateur, il ne faut pas craindre d’affirmer que c’est le propre du grand art que d’unir les hommes plutôt que de les diviser, que c’est le propre du grand art d’instaurer un monde commun à tous : au-delà de notre vie limitée de mortels, il affirme sa force d’éternité et s’impose magistralement à tous. Oui, il y a une hiérarchie entre les œuvres qui, n’en déplaise aux sociologues, ne dépend ni de notre goût subjectif, ni de notre appartenance à telle ou telle classe ; oui, tous les critiques s’accordent à reconnaître le génie de Phidias, de Shakespeare ou de Beethoven. Leurs œuvres ne s’imposent que parce que, accordées au chant du monde, elles ne sont plus dominées par les émois subjectifs d’un artiste particulier et que, comme la tragédie grecque ou le théâtre médiéval ou élisabéthain elles s’adressent à tous. Entendons nous bien, il ne s’agit pas de n’encenser que l’art reconnu, classique ou labélisé ; il n’y a pas d’art, si piteux et si brouillon soit-il, qui ne soit, disait Deleuze, un lâché de vie, un acte de libération d’une puissance de vie qui surgit des prisons qu’on a construites. L’art, en effet, vient du peuple, il s’adresse à lui et il a toujours fait partie de ses fonctions les plus vitales et les plus élémentaires. Même s’il a été souvent décrié par l’establishment et enfermé, écrasé par les pressions et les pesanteurs de l’académisme, l’art qui ne vit que de rupture s’est toujours renouvelé en retrouvant le contact avec les énergies vivifiantes de la culture populaire ; le jazz, le rock mais aussi toute l’œuvre de Rabelais branchée sur l’extraordinaire inventivité de la langue et de la fête populaire ou celle de Bartok entièrement nourrie de la musique paysanne hongroise (et non « des chansons triviales des compositeurs populaires » précisait-il) en sont de bons exemples .

 

Bien loin d’être un signe de notre intolérance et une affirmation arrogante de notre supériorité notre volonté de démocratiser l’accès à la culture exige que l’on ne confonde pas les œuvres de consommation et de divertissement vulgaires imposées par l’industrie culturelle[4], et les œuvres plus raffinées, les œuvres d’auteurs, les œuvres de qualité qui sont généralement d’un accès plus difficile mais qui ne sont grandes que parce qu’elles s’adressent à tous et qu’elles peuvent en droit être appréciées de tous. Il y a maintenant deux France, à la révolte des gens d'en bas s'oppose à l'aveuglement et le mépris des gens d'en haut ; faire sauter le blocage éducatif sera la seule façon d'en finir avec l'affrontement populisme/élitisme. 

Il est sans doute inapproprié de considérer comme une « guerre » les tensions et les conflits générés par cette difficulté, parfois par cette impossibilité à communiquer mais la façon dont une partie des États-Unis a porté au pouvoir un parangon de bêtise et de suffisance entouré de ses poupées barbies devrait pourtant suffire à nous dessiller les yeux : la guerre civile larvée qui divise l’Amérique (comme elle divise l’Angleterre depuis le Brexit) est aussi une guerre du goût.

 

 

[1] Maintenant chaque maire veut son lotissement pavillonnaire, son supermarché, sa salle polyvalente (vide les neuf dixièmes du temps) sans penser au risque dramatique de banalisation des paysages qui font la richesse de ce pays ni à la condamnation irrémédiable des commerces des centre-bourgs. Alors qu’il est impératif en Angleterre de maintenir vivant le cœur du village, de résister aux grandes surfaces, au mitage pavillonnaire, à l’absorption dans des entités trop puissantes (comme celles de la réforme territoriale), chez nous dès que l’on s’éloigne des grands pôles touristiques, c’est la même désolation de volets fermés, de panneaux « à vendre », des petits commerces et services publics à bout de souffle. Avez-vous vu la rue de la République à Barjols, ville maintenant flanquée de deux super-marchés ? Et les trois quarts des communes sont dans ce cas, elles ont, en France, moins de 1000 habitants… 

 

[2] Voilà pourquoi il n’est pas possible de critiquer le goût d’un proche sans lui donner l’impression qu’on lui arrache son âme.

[3] La désignation du jugement esthétique comme jugement de goût repose à la fois sur une métaphore (transport du sensuel à l’esthétique) et sur une métonymie (le goût, sens de la délectation, est mis pour tous les autres sens).

[4] Il n’est pas interdit pourtant de s’encanailler ! Quand on va au théâtre ou à l’opéra on peut très bien  emmener ses enfants dans le temple du kitsch et de la corruption du goût, à Disney Land.

 

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