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Alegre saber

 

 

Alegre saber c'est, en portugais, le gai savoir.  Nous empruntons donc le titre de ce "site" à un livre de Nietzsche mais lui-même l'emprunta à la tradition provençale des troubadours, à celle des tropatores, des faiseurs de tropes et des maîtres d'amour, de la fine amor. Faut-il rappeler que pour cette tradition peut-être venue de la poésie arabe d'andalousie mais surtout imposée au XIIe siècle par un christianisme qui, après la réforme grégorienne et l'institution du sacrement du mariage, fait de l'amour, rencontre du charnel et du spirituel, sa grande affaire,  l'amour en générant la parole poétique était devenu, ainsi lesté d'une exigence d'absolu, la razo de trobar, la seule ratio inveniendi ? Et que la fine amor, ce qu'on appelera l'amour courtois était un contentement mêlé de douleur, un désir exaspéré, un amour pur et brûlant comme l'or affiné par la feu, un amour sacré et sacrilège, le seul capable de mettre en échec la convoitise cupide, l'impulsion à acquérir et à faire de sa dame une propriété ?

C'est à ce savoir que les textes ici rassemblés voudraient s'accorder. Savoir tragique qui n'est pas fait pour consoler mais qui rend d'une certaine façon joyeux même au coeur du malheur, savoir qui ne voudrait constituer que le contre-fort de la sphère du non-savoir qui se résout tout entiere dans une vision incandescente que nous avons qualifiée de mystique. Il n’y a en effet de grand parmi les hommes que ce qui échappe à leurs programmes et à leurs codes, il n'y a donc de grand que ce qui vient des dieux, que ce qui vient d’ailleurs et qui est en l'homme, la part du dehors[1].

Autrement dit : comment prendre acte, disons de la mort de Dieu sans donner son aval au monde plat et désolant du nihilisme, celui qui désespère Zarathoustra, "l'athèisme -avec son a privatif (n'ayant) pas été capable d'irriguer son propre désert" (J.C. Bailly) ; comment trouver, dans le monde, une ouverture sur le dehors, vers le "Royaume" (V. Delecroix), l’indécence consistant simplement à vouloir donner forme, identité, signification à cette ouverture comme le fait toute idéologie qu'elle soit religieuse ou politique. C'est vraiment cela qui pour nous fait encore problème. Que ces écrits parlent seulement des obstacles que, sur ce chemin, nous avons  rencontrés et tenté de surmonter.

(1) 

[1] De là la révolution capitale que représente la pensée de Heidegger. Elle consiste à dégager sous l’homme de l’humanisme, sous le sujet auto-fondé, mesure de toute chose, dressé au sein de l'étant dans une posture de domination et de maîtrise, portant à son comble l'oubli de l'être,  le Dasein qui dit la dignité de l’homo humanus : être c’est avoir lieu, c’est venir en présence dans l’horizon du là, c’est se tenir selon cette modalité d’être  foncièrement ouverte et disponible qu’est l’ek-sistence, c’est maintenir ouverte la dimension de manifestation de tout ce qui est. Vous y êtes ? comme on dit. Et cela aurait-t-il quelque rapport avec l’introduction du nazisme dans la philosophie ?

 

 

 

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