Populisme

 

 

 

 

 

 

 La crise du politique et la montée du populisme

 

Le concept ou le demi-concept de populisme dont, en Europe, personne ne se réclame vraiment (sinon par provocation et retournement d'un stigmate injurieux) pourrait simplement dissimuler la haine de la démocratie comme le dit J. Rancière et traduire véritablement une demande de démocratie véritable. Il fait en effet partie de l’arsenal conceptuel des dominants, de ceux qui, disait Brecht, aimeraient bien, quand le "peuple" trahit leur confiance, le dissoudre et en élire un autre (Die Lösung war nicht darunter). Il a été inventé au XIXe siècle, à l’époque où la psychologie des foules était en vogue, il a été utilisé, après la guerre, pour qualifier des régimes latino-américains comme celui de Juan Péron en Argentine, de Caétano ou du brésilien Getulio Vargas au Brésil. Le peuple nécessairement arriéré, ignorant, dangereux, pensait-on alors, n’obéit qu’à ses pulsions primaires et il est toujours prêt à écouter le dernier des démagogues. A vrai dire, il n’y avait là rien de très nouveau depuis la critique platonicienne de la démocratie. Le populisme accompagne depuis toujours la démocratie comme son ombre noire et le symptôme de son mauvais fonctionnement ou de son atrophie car il est le plus souvent l'objet d'une dérive autoritaire et fasciste plutôt que du désir du démos de se gouverner lui-même. Les démocrates toujours prêts à courir après leurs intérêts et leurs petits plaisirs ne font-ils pas toujours le lit de la tyrannie comme il est dit dans la République de Platon ? Dans cette période de mutation qui défie toute identification et toute assimilation qui est plus que jamais la nôtre, le recours à des concepts datés et usés comme celui de « populisme » ou mal définis comme celui de « peuple »  demande sans doute les plus extrêmes précautions. Mais si notre amour du démos et de la démocratie ne saurait  faire aucun doute, la légitimité du pouvoir du peuple n'implique que le peuple ait pour autant toujours raison, proposition populiste sur laquelle l’autisme d’une partie de la société, toute recroquevillée sur ses règles de vies désuètes et absente au monde qui l’entoure, a trop souvent fermé les yeux.   

Personne en effet (et les "intellectuels" trop enclin à vivre dans leur bulle moins que personne) n’avait vu l'onde de choc, la vague de fond qui se préparait depuis longtemps et qui aujourd’hui déferle sur le monde.  On s’étonne de ce que des clowns, des pitres ou des bouffons aux grandes gueules aussi grossiers, aussi excessifs, aussi vulgaires, aussi brutaux, aussi incohérents… que Donald Trump ou le Président serial killer Rodrigo Dutertre que personne hier ne prenait au sérieux soient désormais investis des plus hautes fonctions politiques.  La montée du ce qu’on peut appeler le populisme] est pourtant devenue le phénomène politique majeur de notre temps et elle a pris, avec la mondialisation, une toute nouvelle puissance et un visage très inquiétant. "Les populismes seront au XXIe siècle ce que les totalitarismes ont été au XXe sièce" écrit P. Rosensenvallon. Mais, à la différence du dictateur d'hier, le leader populiste, seul et sans parti, est en phase avec l'aspiration du "peuple" à un pouvoir fort, à la différence de celle des années 30, la flambée générale ou la déferlante  concerne aujourd’hui  tous les pays même ceux qui, comme la Suisse, les Philippines ou même le Royaume Uni, n’ont pas connu ou sont sortis de la crise. Ces pays peuvent ne pas connaître  le chômage, afficher des taux de croissance très enviables, ils n’en sont pas moins saisis eux aussi par la peur de l’étranger et comme pris de vertige (fantasme de l’invasion ou de l’encerclement surtout dans les pays de l'Est  -en Allemagne de l’Est par ex.- où il y a peu d’étrangers et où le sentiment de peur n’a pas l’occasion de se mesurer à la réalité et est en effet complètement fantasmatique) ils réclament un pouvoir fort, défendent les prérogatives d’une société close, exclusive ou fermée et revivifient, redynamisent un nationalisme du sol et du sang qui fait retour avec la formidable charge émotionnelle et la puissance d’adhésion qu’ont toujours eu les grands récits mythiques car ils relèvent des formes chaudes de la croyance et non de l’ordre froid de la raison.

Il faut sans doute distinguer entre les pays démocratiques comme les Etats-Unis qui ont porté au pouvoir des hommes à poigne totalement atypiques comme Donald Trump et les « démocratures » comme celle de Poutine, nostalgique de la troisième Rome, de la Russie des Tsars et de la puissance soviétique qui ne ressemblent pas non plus exactement aux dérives autoritaires et aux coups de menton nationalistes de Victor Orban, de Kaczynski ou  d’Erdogan qui musèlent la presse et les instances de surveillance et de contrôle considérées comme illégitimes avant d'évincer carrément les gardes fous et les instances régulatrices de la démocratie.

Et pourtant, malgré ces différences, on est en présence d’un phénomène politique global anti-élitiste et souverainiste doté de caractères communs qui traduisent la résistance des peuples à la mondialisartion libérale. Ceux-ce veulent conserver leurs styles de vie et refusent leur dissolution dans la mondialisation. En faire précisément l’étiologie est une nécessité si l’on veut un jour tenter de le neutraliser et de le combattre.

Tout d’abord on assiste partout à une vindicte anti-système, à un profond ressentiment à l’égard des élites, nécessairement « corrompues », à un rejet total de l’establishment et des intermédiaires, à une grande colère dirigée contre la classe politique qui a confisqué le pouvoir du peuple innocent et vertueux et qui est responsable du déclin national, à une nostalgie du temps des Empires (soviétique, ottoman, britannique…), à une demande d’autorité et de puissance, à l’identification à un leader charismatique, à un désir de revanche, à une brutalité décomplexée ou désinhibée, à la recherche, pour mieux inclure ses fidèles et se poser en s’opposant, d’un bouc-émissaire ou d’un ennemi à exclure qui se trouve être généralement (le terrorisme aidant) le musulman : l’agresseur ou l’envahisseur qui aurait fait sécession vis à vis de la société d’accueil et qui ourdirait en secret un complot. Une démocratie d'identifcation à un leader qui fait une offre sous la banière de émotionnelle de l'insoumission (Melenchon), de la résistance (Fillon), de la révolution (Macron) a  remplacé la démocratie de participation, démocratie de la demande assise sur les partis politiques comme le dit Rosenvallon..

Le poing levé et vainqueur de Rodrigo (ancien maoïste qui se compare à Hitler) promettant d’envoyer ses escadrons de la mort pour en finir avec les trafiquants de drogue, ou les propos de Jaire Bolsano (prétendant à la présidence du Brésil) faisant l’éloge des colonels et des  tortionnaires (ceux de la Présidente brésilienne Dilma Rousseff) ou les Allemands votant pour l'AfD, les Autrichiens pour le FPÖ, les Polonais et les Hongrois "illibéralistes", les Français frontistes, la démagogie anti-émigrée du UKID de Nigel Farage partisan, artisan  du Brexit... sont en eux-mêmes un symbole. Le populisme des masses populaires si longtemps exclues de l’arène politique en Europe, méprisées et reléguées à la périphérie s'est partout réveillé. Mais c’est aux Etats-Unis que le ressentiment haineux et le caractère revanchard de ce mouvement a sans doute trouvé son acmé. Après le clivage consécutif au 11 septembre (il y a « eux » et « nous »), après huit ans de domination d’un Président noir honni qui n’aurait fait gagner à l’Amérique aucune bataille et baisser les bras devant les exactions d'Assad (l'absence de réaction au franchissement de ligne rouge témoigne de la décadence occidentale, laisse le champ libre à Poutine et marque le baculement de toute la politique internationale), qui aurait laissé se développer un multiculturalisme délétère (conséquence du vote accordé sans discrimination aux immigrés  en1960), le temps de la revanche de l'ethnos, de la revanche des « petits-blancs » (contre les latinos, contre les noirs, contre les chinois, contre les femmes libérées...) serait enfin venu.

On aurait tort de ne voir dans ce racisme ouvert ou larvé - mais Donald Trump ne craint pas de monter en épingle les actes délictueux du KKK- qu’un des visages maléfique du fascisme ordinaire. Ce populisme en effet n’est pas vraiment solide, il n’est pas structuré par des idéologies consistantes ouvertement racistes et criminelles comme le fascisme d’hier, il est devenu liquide (Raphaël Liogier) et presque présentable, il se coule, se propage et s’insinue partout, est partagé par tous, poursuit tout doucement son travail de dissolution de la République et de la démocratie et prépare insensiblement l’accès de l’extrême droite au pouvoir. C’est dans cet horizon qu’on doit penser la stratégie de dédiabolisation de l’extrême droite, celle de Marine Le Pen en France experte dans l'art du contre-pied (plus besoin d'extrêmisme, laissons le à la droite classique qui se charge de toutes les mesures prônées par les plus riches !),  de Norbert Holder (FPÖ) en Autriche. Après avoir purgé le parti de l’antisémitisme de J.M. Le Pen et de Jürg Haïder,  ils sont en passe de remporter une belle victoire aux élections en éliminant les partis de gouvernement et en substituant à l'axe ou au clivage horizontal droite/gauche un clivage vertical : peuple/élites ou les gens/les puissants (Melenchon) et au nom du peuple, au nom des gens ont peut tout faire et toutes les dérives extrêmes de droite ou de gauche sont possibles. Il ne s’agit pas simplement d’une stratégie occasionnelle et machiavélique visant la simple  conquête du pouvoir mais de "liquider" en le liquéfiant un fascisme devenu en effet liquide, insinueux, omni-présent et retors. Le populisme qui est plus un style qu'une idéologie ne tombe pas du ciel, il est un symptome et à son inquiétant regain, on peut distinguer trois causes :

Crise économique. On avait mal évalué le degré de mécontentement, la frustration et la colère des « petits blancs » effaré de ne plus être la norme, des "cols bleux" indignés par l'Affirmativ Action en faveur des noirs, menacé par la peur du déclassement consécutif à l’érosion de leur pouvoir d’achat et du sentiment que la mondialisation n’était vraiment pas pour eux. Le cours des choses a cessé d'être en harmonie avec leur pays et ils savent désormais que pour leurs enfants le monde sera moins bon.  A force d'avoir fermer les yeux sur le fait  que 90% des gens ont connu la stagnation pendant un tiers de siècle (Joseph Stiglitz) que les 1% des plus riches ont exercé une prédation sans pareil sur le monde renforcée en France par un déclassement résidentiel de la classe moyenne et une "repatrimonialisation" qui profite à la ploutocratie (Thomas Piketty), les bobos découvrent avec étonnement et stupeur les conséquences politiques d'un tel aveuglement pourtant pointé par les indignés, Occupy, Podemos, Siriza, Nuit debout... A la grande crise de 2008 les Etats ont en effet répondu en renflouant les banques et non en remettant en cause les règles du jeu. Si la croissance est en général repartie, aux Etats-Unis par exemple, le niveau de vie de la classe moyenne reste à 80% inférieur à ce qu’il était en 2008, ce qui motive sa crainte de déclassement et de paupérisation. Par ailleurs, dans les années 30, il y avait des perdants et des gagnants mais avec la mondialisation il semble que la majorité se sente perdante et qu’avec le développement vertigineux des inégalités, de la corruption et des placements financiers dans les paradis fiscaux, la richesse reste pour elle inaccessible comme rassemblée derrière la paroi de verre d’une vitrine (A Manille, dans un pays en pleine expansion, les ¾ de la population vivent dans des bidon-villes). Comment s’étonner que les laissés pour compte, les malheureux de la mondialisation qui se trouvent effectivement délaissés par le mouvement de fond qui emportent l’économie, par son inévitable numérisation qui va mettre demain  au chômage 40 % des métiers  exercés par la classe moyenne (assureur, comptable, agent immobilier, interprête...)   aient fini par constituer un nouvel électorat, qu’ils votent à droite, qu'ils aient été séduits par un homme de spectacle, un clown pragmatique qui  ne se contente pas de beaux discours ? Car il a réussi, lui, dans l’immobilier et dans les media et il est devenu milliardaire, ce qui aux Etats-Unis est un signe d’élection… 

Crise du politique. On conçoit dans ces conditions que, cette fois-ci, après le tournant libéral de la mondialisation (1980-1990), le consensus de Washington et le déni de démocratie qu'a constitué le refus de prendre en compte le "non" français au référendum européen, le  divorce se soit accompli, le lien s’est complètement rompu entre la classe politique qui a perdu le contact avec sa base et le "peuple" qui n'a jamais été impliqué dans la constructtion européenne et qui ressent comme une trahison l’écart de plus en plus saisissant entre les promesses de prospérité et la réalité quotidienne  qui est la sienne. Il ne se sent plus représenté par une secte de professionnels qui se partagent l’Etat, qui verrouillent la politique, qui confisquent le pouvoir après les élections et qui ne cessent de se reproduire de génération en génération. Il ne veut même plus de représentation ou de système parlementaire, ce qu’il veut c’est un chef, un chef décomplexé qui soit le « peuple », qui ait son franc parler, qui parle comme le peuple et à la place du « peuple », qui soit à lui seul le « peuple » qui n'est  consulté que par referendun et qui rende sa grandeur à l’Amérique en intervenant efficacement dans un monde globalisé qui semble lui échapper et face auquel il s’est, tout à coup, senti impuissant et désarmé. Jamais semble-t-il le cours des choses n’a tant dépendu, aux yeux des masses, de l’efficacité symbolique de ce nouveau sorcier qu’est devenu le chef charismatique. La démocratie représentative ne serait manifestement plus adaptée à l’air du temps, l’Etat est détesté, les politiciens apparaissent comme des traîtres profiteurs de la mondialisation complètement coupés de la réalité, loin des citoyens, uniquement préoccupés d’être élus ou réélus. La ville éternelle elle-même n’est-t-elle pas tomber dans les mains du mouvement cinq étoiles de Pepegrillo qui met partout à la casse toute la classe politique ? A l’ère du numérique où, avec sept milliards d’acteurs, tout le monde communique avec tout le monde, la parole des politiques aussi bien que celle des intellectuels a, de toutes façons, perdu totalement ses privilèges, son prestige, son autorité, sa crédibilité. L’univers infini, privé depuis longtemps de tout centre et de toute transcendance (celle du Savoir par rapport à l’opinion, celle de Dieu sur les hommes, celle du passé ancestral  sur l’instantanéité du présent…), n’est plus un uni-vers. Avec l’explosion des multiplicités que rend possible les réseaux sociaux, chacun veut compter autant qu’un autre de sorte que le monde devient plus que jamais un « multi-vers » éclaté,  complètement horizontalisé.

Crise du symbolique. Les leaders populistes triomphent aujourd’hui non pas malgré leurs outrances, leurs extravagances, leurs incohérences, leur absence de programme, leur transgression tranquille de l'état de droit (Sarkozy)… mais grâce à elles : voici enfin des leaders qui viendraient du vrai monde, qui utiliseraient un autre langage que celui des politiciens, qui parleraient comme lui, le « peuple  authentique», les "vrais gens" sans se soucier d’être politiquement ou moralement corrects ou même simplement raisonnables. En voilà enfin un, comme Donald Trump qui est un personnage de reality show qui parle notre langage, celui des gars du bâtiment et des gens qui, jusqu’ici,  ne votaient pas, un homme sans vergogne qui ne s’embarrasserait pas de programmes et d’institutions, un bâtisseur de tours (et bientôt, si l’on l’en croit, de murs, his fucking wall comme twit l'exprésident mexicain !) et non un vulgaire politicien. Il semble même que plus il donne dans la vulgarité plus il se sent proche d’un « peuple » qui, pur produit de la culture people, est habitué à  plébisciter celui qui va le plus loin dans l’outrance et l’extravagance. On voit dans ce cas précis que le ressentiment est dirigé beaucoup plus contre l'élite du savoir que contre celle de l'argent  car désormais un gouvernement de milliardaires peut représenter le "peuple" mépriser par les milliardaires. Mais le paradoxe le plus énorme est toute fois celui-ci : plus le monde devient complexe, plus  les leaders populistes recourent sans hésiter aux solutions les plus simplistes, à des solutions radicales, à des promesses


giques et intenables (exterminer les délinquants, sortir de l’euro, rétablir la peine de mort et la retraite à 60 ans, construire un mur pour faire barrage à la plus grande religion du monde, faire payer les 200 familles, se débarasser de la caste ou de l'oligarchie dominante (Mélanchon), pointer à tout propos la responsabilité des multi-nationales, de Wall-Street ou de Bruxelles…). S'ils sont les symptômes d'un vrai problème, d'une pathologie de la démocratie qui souffre effectivement d'un déficit de représentation et de délibération,  les leaders populistes disent n’importe quoi, sacralisent la magie référendaire (il n'y a plus que les mondialistes d'un côté et les patriotes de l'autre dit Marine Le Pen qui réduit l'élection présidentielle à un référendum), ils se contentent d'une rhétorique d'opposition et proposent des solutions miracles avec une grande assurance, passant sans complexe du libéralisme au protectionnisme, de l’intégrisme le plus traditionnel à la défense de la laïcité, d’un programme de droite à un programme de gauche. Le fait qu’ils soient souvent des propriétaires de chaînes et des magnats de la téléréalité explique aussi leur succès : l’image est un agent de simplification, l’agent par excellence de la société du spectacle, les media sociaux permettent la diffusion et l’amplification  sans contrôle d’une information tout azimut qui a fait éclater le « récit commun » (Anne Appelbaum). Mais un président autocratique comme Poutine peut encore occuper tout l’espace médiatique, nous donner à voir avec complaisance la musculature du tsar ou les bombardements sans discrimination du chef en Tchétchénie ou en Syrie est parvenue à convaincre la majorité. Vladimir Poutine est désormais en prise directe avec le « peuple », avec un peuple indifférencié dont il est l'incarnation.

On peut se demander si la société civile, le lieu de la réalité véritable, celle de l’activité de production où peuvent s’inventer aussi, avec  le plaisir de débattre enfin retrouvé, de nouvelles formes d’organisations sociales,  un nouveau modèle de croissance et d'intégration sociale, acceptera encore longtemps une telle mascarade et si elle ne sifflera pas bientôt la fin des jeux du cirque. Après tout, c’est ce qui s’est passé dans un grand pays démocratique comme l’Italie. L’histrion véreux, la star du show, l’empereur de la com. et, pendant 20 ans, le pionnier de la politique spectacle qu’était le leader typiquement populiste  Berlusconi a fait long feu. Après avoir abandonné son empire aux mains de Vincent Bolloré, il risque de finir très vite, lui aussi, dans les poubelles de l’histoire.

On voudrait éviter de mettre sur le même plan le populisme identitaire de droite à la dimension excluante ("eux" et "nous") et celui de gauche pour qui le peuple c'est d'abord la classe des damnés de la terre et qui, ainsi que le dit Chantale Mouffe, cherche à "construire "un peuple comme Marine le Pen en dirigeant sa vindicte contre les multinationales et le "consensus" centriste autour du néo-libéralisme plutôt que vers les émigrés ; Bernie Sanders dit « Papa Noël » qui se réclame du socialisme européen et du common sense de Thomas Paine (héros de l’Indépendance) n’est pas Donald Trump et Jean-Luc Melanchon[2] ne ressemble guère à Marine Le Pen qui prend en compte et défend non seulement le niveau de vie des plus humbles et des "demeurés" (comme dit Chantal Delsol) c'est-à-dire non seulement des crétins mais des abandonnés de la mondialisation, des gardiens de la demeure qui restent en arrière, qui demeurent enracinés dans toute une histoire, héritier de tout un passé et dont le malaise existentiel face à la disparition de ce patrimoine immatériel qu’est le style de vie n'est jamais pris en compte. L’on voudrait pourtant s’adresser à cette gauche qui se vautre quelques fois avec complaisance dans une logique de rupture, qui n’a rien appris et rien oublié de l’expérience soviétique, à ces faux-rebelles en capuche qui se trompent et d’ennemi et d’époque, à cette gauche qui a perdu le sens du possible et qui refuse  une Europe qui est, malgré tout, malgré ses manies technocratiques et tatillonnes développées à huis-clos, à l’écart des peuples et son manque de vision, plus ouverte à l’arrivée des migrants que la plupart de ses membres. Contre toute attente, sa rupture, son opposition se sont cristallisées, semble t-il, au moment des attentats de Janvier et de la manifestation qui a suivi.

 

Le drôle de jeu de l'islamo-gauchisme

 

Depuis la Fête de la Fédération en 1791 on n’avait jamais vu cela : tout un peuple rassemblé place de la République, quatre millions de citoyens affirmant par leur présence et leurs chants, l’insolente fierté d’un pays résolu à ne pas se coucher devant la violence barbare de quelques-uns. : le public, disait Robert Bresson, "on peut le prendre par le bas, ce qu'on fait quelque fois, mais si on le prend par le haut, on le touche très fort".

A cette fête qui nous a pris "par le haut" il fallait donner un lendemain, mais le lendemain ce fut l’article (puis le livre) d’Emmanuel Todd : Qui est Charlie ? qui nous fut servi et qui scandalisa les républicains que nous entendions être.

Il mettait en valeur, à juste titre, le côté entre-soi des bobos, des inclus qui s’étaient réunis et l’absence saisissante des prolos, des exclus, des gens de banlieues, de ce qu’on avait  appelé  la France d’en bas qui ne se sent pas représentée et qui  ne va pas voter. Aujourd’hui après un silence de quatre mois il récidive et remercie ironiquement Hollande et Valls qui, en lançant leur projet de loi sur la déchéance de nationalité auraient validé sa thèse :   ce néo-républicanisme ne serait rien d’autre qu’un néo-pétainisme, que le retour en grâce de Vichy. Nous, l’élite, qui avons « élevé nos enfants aux frais de l’Etat », nous aurions cette fois cessé d’être les héritiers de la Révolution, nous  ne croirions plus ni en la liberté et ni en l’égalité. Notons qu’il est difficile de parler d’ « élite » quand est réuni le plus grand nombre d’une population donnée, 45% par exemple pour le reférendum européne. S’il ne s’agit sans doute pas du peuple au sens de l’ethnos, soucieux de préserver son identité, ni de  la plèbe (plebs) ou de l'okios (la foule hurlante), ni de la multitude (multitudo), ni de la masse, du troupeau, de la populace et encore moins des prolétaires[3] (passés à droite) ou des dominés par opposition aux dominants ne peut-on néanmoins utiliser le mot de peuple au sens grec et politique de démos ou romain de populus ? soit le peuple rassemblé et debout qui s'institue dans la lutte, le peuple issu par là même d’un tacite contrat social, le peuple formé  par l’école, titulaire conscient et riche de toute son histoire, capable de se constituer en sujet libre, de dire « nous » et de s'élever à l'universel (de payer ses impots et de partir à la guerre), réalité effective fondée sur un affect et enracinée dans une tradition, sujet d’une aventure partagée et d’une communauté de destin. Mais il  faut néanmoins éviter de confondre le peuple comme principe politique (le peuple souverain) et le peuple comme réalité sociologique qui n'est jamais un bloc homogène et dénoncer la mythogie du peuple Un que sacralise le reférendum et qui est incompatible avec la démocratie qui commence avec la différence, le dissensus, la délibération, la ritualisation et la résolution des conflits par les élections. Ce peuple la n'existe pas et prétendre le représenter est antidémocratique.

Mais Emmanuel Todd parti depuis longtemps en quête des nouvelles stratifications selon lesquelles fonctionne notre société si inégalitaire ne veut voir dans ces rassemblements que des bourgeois, que des ressortissants de la « classe moyenne », que des gagnants détenteurs de diplômes. Et de se glorifier de ce qui est en passe de devenir la question qui va, plus qu’une autre, cliver le peuple et la gauche : avoir fait ce geste de rupture qui restera sans doute, devant l’Eternel, sa justification : avoir défendu le droit à la paix de nos concitoyens musulmans. Ces grands absents de la manifestation sont ceux qui sont trop souvent mis en cause et ostracisés par une partie de la population dont les problèmes vont justement être complaisamment pris en charge par la droite populiste, la seule, il est vrai, à ne pas occulter le refoulé colonial. Qu’on le majore ou le minore, celui-ci est devenu, avec l’arrivée des réfugiés musulmans, un marqueur politique capital. Comme le notait Marcel Gauchet l'immigration a échappé au contrôle et au débat démocratique, imposée paur des raisons économiques, elle a changé de nature et transformée la France en un pays multi-culturel que certains ressentent comme une blessure. 

La ligne de partage qui nous sépare de la gauche populiste passe aussi, peut-être, ici. Car il n’est pas le seul, à gauche, à battre sa coulpe pour ce que les autres nous infligent, à rendre la France, dans sa politique étrangère comme dans sa politique intérieure, doublement responsable de l’agression dont elle est l’objet :  à considérer les attentats comme une riposte légitime à des bombardements illégitimes, à contester la politique internationale de la France restée guerrière, impérialiste, frileusement atlantiste et dirigée, depuis les croisades, contre le Dar al Islam, contre l’Oumma, contre la communauté musulmane, qu’elle soient sunnite ou chiite, contre le Califat qui appartient lui aussi à la civilisation islamique et qui a remis la religion à sa véritable place : au cœur du réacteur. Loin d’endormir comme un narcotique ou un opium, c’est elle qui réveille, fournit les raisons de vivre, soude les communautés, permet la communion des groupes en fusion et qui finit par bouleverser la configuration géopolitique du monde. Les événements de Cologne sont à cet égard révélateurs : certains intellectuels islamo-gauchistes sont demeurés dans le déni, ils ont voulu dissoudre les questions communautaires, les questions culturelles dans le social et ont violement attaqué les propos « essentialistes » de Kamel Daoud, analyste lucide des maladies de l’islam et objet d’une fatwa dans son propre pays. Il est vrai que la radicalisation ne survient pas uniquement dans les mosquées, ne concerne pas seulement les salafistes de nos banlieues  et que les propos de Gilles Keppel (« Les banlieues de l’islam ») doivent être relativisés.  La radicalisation concerne aussi des jeunes en rupture et en perte de repère de sorte qu’on n’est pas seulement en face d’une radicalisation de l’islam mais d’une islamisation de la radicalité (Olivier Roy). Cela autorise-t-il à faire comme si le califat n’appartenait pas de plein droit à l’islam ?

Daesh est sans doute un épiphénomène qui ne fera pas rêver très longtemps qui se dégradera et dégénérera bientôt en fiction, qui révèlera sa perversion et sa fausseté. Mais on ne lutte pas contre Daesh en criminalisant 80 millions de fidèles, en les considérant comme des psychopathes qu’il faudrait déradicaliser comme, en d’autres temps, on a dératisé. Daesh a compris que les jeunes d’aujourd’hui ne désirent pas seulement le confort, la sécurité et la santé mais aussi le danger, le combat, le sacrifice, la transcendance (Scott Atran) et qu’ils ont moins besoin de vivre que d’être, en s’inscrivant dans un grand récit qui façonne le lien social et qui génère la fierté identitaire (Raphaël  Liogier). Le sacré, disait Goethe, c’est ce qui rassemble les hommes et c’est toujours un tiers imaginaire, un élément hétérogène écrivait Bataille, le Très Haut ou le Pontife faisant le pont entre ciel et terre qui permet aux hommes de se socialiser, d’être ensemble, de tenir les uns aux autres par la médiation de l’Eglise, de la Patrie, de l’Institution, du Parti, des aïeux…. Aucune société ne peut se soutenir en se fondant uniquement sur l’homogénéité dont la base est la production, dont la mesure est la loi de la valeur ou l’équivalent général qui rend toute chose commensurable, échangeable et qui finit par faire de l’homme une marchandise.

Aussi quand comprendra-t-on qu’on ne peut lutter contre Daesh qu’en lui opposant une autre narration, un autre grand récit alternatif. Or celui-ci, n’en déplaise à l’ultra-gauche populiste, existe comme l’a montré l’union qu’on a dit justement sacrée, l’union réalisée lors de la manifestation de janvier qui a, le temps d’un éclair peut-être, sorti notre démocratie du désenchantement à laquelle la platitude des politiciens nous avaient habitué. Elle a posé clairement les conditions de la réactivation d’un lien social abimé. Cette union, il est vrai, a été mise à mal par les manoeuvres électoralistes d’un gouvernement qui se contente d’ajustements techniques sans perspectives,  qui a perdu le sens des vraies questions politiques et qui porte une lourde responsabilité dans l’abstention grandissante et dans l’inexorable dérive dans laquelle nous nous en allons. Mais si nous nous obligeons, si nous pouvons encore nous rassembler en une communauté nationale, c’est en vertu d’un rêve partagé pour lequel l’intelligence n’a qu’une part secondaire.

Qu’est-ce en effet que la France, que la douce France qui a été attaquée dans ce qu’elle est essentiellement (et non dans ce qu’elle fait) sinon cette liberté qui permet à chacun d’être dans l’espace public quelque soit son appartenance communautaire ou son orientation sexuelle ? Prendre un verre d’alcool à la terrasse d’un café est le symbole même de cette liberté que Bataille appelait souveraine. La France c’est cet ethos qui s’est constitué notamment au moment de l’affaire Dreyfus, au moment de la Résistance et au moment de la décolonisation. A chaque fois, à l’intérieur d’un horizon déterminé, au sein d’un espace clos pourvoyeur d’identité, c’est un message d’universalité qui a été proposé au monde. Cette « histoire monumentale » qui est grandeur, cette histoire monumentale qui regarde vers l’avenir ne va pas sans une « histoire antiquaire », histoire méticuleuse qui repère des continuités, comme celles du sol, de la langue, de la cité. L’histoire antiquaire est celle qui vénère, qui regarde vers le passé et qui donne à un peuple la jouissance de ses propres racines. Mais pour éviter le délire nationaliste des bêtes à cornes que les discours populistes ont remis violemment sur scène, pour conjurer la solennité et la chimère de l’origine, pour faire exploser les secrets sans date de l’essentialisme, elle doit s’accompagner d’une « histoire critique » qui remet en cause le passé comme dépassé, qui coupe au couteau les racines, qui efface les vénérations traditionnelles, qui libère le présent du poids d’un certain passé. Cette histoire critique s’interroge sur les prétendues origines miraculeuses (Wunderursprung) et si elle s’oppose à la recherche de l’origine c’est pour mettre en valeur les provenances (Herkunft) multiples, modestes, hasardeuses, innombrables, disparates, dispersées : le masque de notre « identité »  cache et abrite en effet des âmes et des racines multiples et ce sont des discontinuités hétérogènes sans foyer unique qui toujours continuent de nous traverser profusément : oui, nous sommes tous des bâtards de sang impur et mêlé. Cet exercice critique de la raison fait partie de plein droit de l’éducation à la citoyenneté qui a fait la grandeur de la tradition républicaine et qui a fondé une tolérance à laquelle peut adhérer l’ensemble de la société.

Nietzsche voyait dans l’inflation sans limite des études historiques le symptôme du nihilisme d’une époque anémiée et décadente, devenue incapable de créer ; le fait que nous multiplions à tout propos, commémorations, anniversaires,  revivals… pourrait témoigner de ce déclin dont tous nous parlent alentour. Mais pour guérir cette humanité malade il proposait un bon usage de ce qui demeure actif dans le passé, un bon usage de ce phamarkon qu’est l’histoire monumentale, la seule capable de proposer justement des contre-idéaux dans un rêve qui tire justement sa puissance d’être un rêve et qui ne risque pas d’être contredit par la réalité.

 Les trois mots de la devise de la République appartiennent justement à la ligne de crête de ce que Nietzsche appelait « l’histoire monumentale », celle qui, pour des hommes d’actions qui savent admirer comme le général De Gaule, ouvre un avenir en proposant des modèles et des exemples qui nous arrachent à la résignation. Ils sont des principes politiques forts qui ont une réalité éthique et religieuse, ils répondent à « ce désir d’être (d’être au monde, d’être ensemble, d’être soi) dont l’approfondissement se confond avec l’éthique elle même » (Jean Nabert). Ils sont la raison de la politique lorsque celle-ci est porteuse d’une destination et d’un sens, lorsqu’elle nous permet de faire société et de faire peuple en nous enracinant dans des souvenirs et dans une tradition qui n’exclut personne et que peuvent partager l’ensemble d’une société devenue multiculturelle[4]. Pour donner à ces principes une réalité effective et institutionnelle, des hommes, des générations se sont  battus et sont morts. Et il ne devrait pas y avoir de règne ou de législature qui ne commence par une nékuia, par une descente aux enfers, par faire parler ces morts qui sont autant de tuteurs, qui sont autant de vecteurs d’autorité. Mitterrand, aussi détesté qu’il ait pu être se soumit, en 81, à cette impérieuse contrainte symbolique. Ces institutions qui nous ont rendu libres, ces principes qui ont motivé tout un style de vie auquel nous tenons, qui ont enchanté un modèle social et politique dont nous avons de bonnes raisons d’être fiers, à nous de les réveiller, de les rajeunir, de leur donner un sens actuel et un lendemain. Mais c’est le chemin de la division que certains, dans une totale inconscience, ont choisi d’emprunter aujourd’hui ; on sait, hélas, très bien de qui ils font le jeu, quel avenir s’y profile et sur quoi la France risque de se fracasser.

Poutine, Erdogan, Orban, Dutertre, Trump, la liste s'allonge ; à qui le tour ? 

Serait-il là le nouveau monde en train de naître dont nous parlait Gramsci ? ("Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres")

 

L'ère de la post-vérité

 

Ce n'est certes pas la première fois qu'un fou, qu'un psychotique narcissique et paranoïaque ("Moi, la vérité, je parle") incarnant l'inconscient collectif et la part la plus sombre de nous-mêmes, avouant sans aucune honte les horreurs inavouables qui nous font jouir, celles que chacun de nous se contentait de réver,  accède à la magistrature suprême, embarque avec allégresse sur la nef des fous (M. Schneider) mais l'élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis est un événement historico-mondial, le résultat d'un vote insurrectionnel de grande ampleur dont nous aurons du mal à nous remettre et à nous relever :  elle signe la sortie du temps des promesses de l'après-guerre qui avaient fondé la solidarité entre l'Amérique et l'Europe et assuré au monde une certaine stabilité, elle met en cause les fondemants de la politique occidentale depuis la deuxième guerre mondiale et témoigne en tous cas qu'il se passe quelque chose que nos discours  désormais épuisés, hors d'usage n'arrivent guère à saisir et qui ne sera certainement pas très agréable pour "nous" ; mais il est bon quelque fois d'être privé d'horizon ou de perdre la barre de l'horizon.

Déconnectés des peurs et des souffrances du peuple, enfermés dans notre bulle et satisfaits d'un monde qui nous convenait parfaitement il serait temps que nous, les « intellectuels », nous en sortions, cessions de rêver le monde et regardions en face cette réalité qui est tout ce que nous exécrons et que, comme un retour du refoulé, surcroît du réel,  surabondance du monde,  excès incontrôlable forcent enfin la pensée à penser : énorme en effet est le problème de la cohésion sociale, radical celui du conflit de classe entre la France d'en haut et celle d'en bas, les seuls problèmes qui importent et qui sont absents de tous les agenda politiques, à gauche commme à droite. Profond et durable est le phénomène de la désaffiliation sociale et culturelle : nous ne pouvons plus nous reposer sur la fiction d'une société ouverte, multi-culturelle et métissée alors que, depuis longtemps, l'éviction du coeur des villes, des classes populaires reléguées dans la France périphérique paupérisée, traitées ailleurs de "pitoyables" ou "lamentables" (H. Clinton), devenues l'objet du mépris de tous ceux qui cultivent l'entre-soi, trafiquent la cartes scolaire et hurlent au fascisme nous interdit de faire société. Sur la carte, la flaque rouge des républicains entre les bornes bleues des villes démocrates des deux littorals est par elle-même suffisement éloquente.

L’histoire est soudain redevenue incertaine et plus dangereuse que jamais. car voici que la première puissance du monde a perdu le minimum d'esprit commnautaire nécessaire à assurer la cohésion d'une nation, elle dresse et multiplie les barrières entre peuples, races, classes et  nations, elle est devenue indifférente aux plus petits, elle a perdu le sens de la continuité historique, elle se livre sur twiter où se fait déssormais la diplomatie, avec 140 signes à ses pulsions du moment et  ringardise les héros du passé, masssacre l'élite du savoir au profit de celle de l'argent et se permet, en une sophistique éhontée  d'énoncer n'importe quoi, de s'assoir sur le principe de contradiction comme si, vraiment, dans le cirque politique,  plus rien n'avait d'importance et que vrai et faux se confondait. "Nous aimons à être trompés et on nous trompe" écrivait Pascal. Et en effet ce que Steve Tesich appelle la post-truth politics pratiquant toute une novlangue comme le concept de faits alternatifs quand la réalité ne se plie pas à nos désirsà la différence du mensonge totalitaire imposé par le pouvoir tel qu'Orwell la analysé, repose sur un contrat tacite  entre le peuple et ses dirigeants : les contre-vérités (Obama n'est pas né sur le sol américain) ne font plus scandale car le peuple demande aux dirigeants de le protéger de la vérité afin qu'il garde son estime de soi et qu'il puisse donner libre cours à sa haine raciale. 

Il y a de quoi être effaré par la stratégie du fou de Donald Trump, par ce ploutocratisme populiste qui met le président d'Exxson-Mobil (Rex Tiilerson) à la tête de la diplomatie américaine, qui confirme par cette nomination et les autres qu'il rond radicalement avec les fondamentaux de cette diplomatie remettant en question les décisions concernant l'Iran, la Russie, la Chine, les accords de Paris sur le climat, l'Obama care et toutes les conquètes sociétales, ne défendant que des intérets particuliers et ne croyant, en bon deal-maker qu'il est, qu'à des rapports de force... jusqu'où ira-t-il dans son délire et comment pourrons nous lui résister ? la confrontation avec la Chine qui a acheté 7% de la dette américaine est impossible, refuser lle libre-échange et taxer à 45% les produits importés l'est aussi... l'architecture internationale est fondée depuis 70% sur le libre échange

Faire face au plus grand des défi qui bouscule aujourd'hui nos démocraties c'est d'abord prendre la mesure du gigantesque ras-le-bol, du ressentiment et de la colère de ceux qui ne sont pas comme nous, des classes moyennes populaires victimes de la mondalisation qui ont fait le lit de Calliclès cyniques, de figures frankensteinnienne du mal  qui ont eu la finessse de marier les marchés et la réaction,la droite chrétienne traditionnaliste et la droite anarcho-libertaire du capitalisme débridé et, chez nous, la droite monarchiste héréditaire et la droite orléaniste libérale comme Fillon. Sa dérive populiste stigmatisant presse, élites, pouvoir, sa posture de victime d'un complot ou d'un assassinat politique lui assure encore après l'escroquerie du Pénélope-gate un score confortable.

Mais à la fin il faudra bien pour nous sortir de la vision gestionnaire de la gauche de gouvernement qui s'est simplement alignée sur  les discours libéraux, pour proposer une vision et prendre à bras le corps le problème de l'inégalité et du chômage dans une société esssentiellement fragile qui est au bord de l'explosion.  Le fond de l'air en europe est au populisme et ce n'est pas dans la division qu'il fomente que nous pourrons faire face à l'Amérique nouvelle de Trump.

 

 

 

[2] Outre ses outrances révolutionnaires et sa conversion opportuniste à l’écologie et à la sortie de l’euro, J.L.M. qui parle désormais "peuple", utilise la stratégie de contournement des réseaux sociaux (Youtube) grâce auquel le peuple peut voter avec ses trippes qui ne se trompent jamais (dixit Beppe Grillo)  se réclame aussi d’un peuple imaginaire et non clivé est un thuriféraire de régimes qu'on ne peut pas précisemment considérer comme démocratique (Castro, Hugo Chaves...). Le titre de son livre "Qu'ils s'en aillent tous !" est exemplaire de la rhétorique poplusite qui n'a pas au contraire contamanié le mouvement Podemos. Il est vrai que le populisme latino-américain (Peron, Chavez) n'avait pas la singification négétive qu'il a aujourd'hui en europe. Il a eu d'ailleurs des effets progressistes et redistributifs incontestables mais a force, dans sa paranoïa (c’est la faute à l’Amérique !) de se moquer de l’orthodoxie économique en important tous les produits de consommation, en défendant la théorie du juste prix, la politique de Chavez  a conduit à la ruine des agriculteurs, à la fonte des réserves de devises, à une effrayante inflation, à la fuite des capitaux, à une pénurie qui plonge la population dans la famine… et qui programme, à brève échéance, le renversement du gouvernement. Le cas de Maduro au Vénézuela est à cet égard tristement éloquent. Le populisme de Donald Trump ne s'embarassera pas, lui, de cette politique redistributive.

[3] Les sans-noms, les sans-titres particuliers, les ni nobles ni savants qui, selon J. Rancière, devraient être choisis au hasard ne sont-ils pas le pendant politique de la kénose christique comme l’était déjà le prolétaire de Marx ? Pour toute une intelligesia qui n'a jamais tiré les leçons de l'échec du communisme,  les jeunes des banlieues de plus en plus dominés par un islam identitaire sont devenus un prolétariat de substitution.

[4] Elle répond, en ce sens, à la question que posait déjà Tocqueville : « Une société sans racine, sans souvenir, sans préjugé, sans routine, sans idées communes, sans caractère national… Qui  sert de lien à des éléments si divers ? Qui fait de tout cela un peuple ? »

 

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